SCÈNE IL
ARÉTIE, seule.
Il veut quitter ce rang , Par le crime élevé , cimenté par le sang ! A la voix des remords il a paru sensible ! L'amour a-t-il dompté cet orgueil inflexible? l*our l'ame des tyrans Tamour a-t-il des traits? Vous, que je méprisais, périssables attraits, Auriez-vous de ce tigre adouci la furie ? Pourriez-vous me servir à sauver ma patrie? Ainsi donc la beauté, ce funeste ornement, Écueil de nos vertus, en devient l'instrument! Cependant à son sort il faut que je me lie. Toi, qui me fus si cher, il faut que je t'oublie. Va, que le bien public soit l'un de mes bienfaits. Avec toi fais régner la justi( e et la paix. Tu feras des heureux, tu le seras peut-être; Je ne m'en plaindrai point; mais, hélas! puis-je l'être! Quoi! fille de Dion, tu vas penser à toi! A de plus grands périls réserve ton effroi. Vois tes concitoyens au bord du précipice, Marchant à la révolte , ou peut-être au supplice. Ton père est à leur tête, et tu n'as qu'un instant. Si le sort les trahit , l'échafaud les attend. Et qu'importe , après tout, à qui je sois unie, Si j'étouffe en ses bras l'affreuse tyrannie , Si je suis la rançon de mes concitoyens? '■■'
Brisons, brisons leurs fers; la mort rompra les miens.