‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 32 sur 563 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

« Le fait monter un jour au trône de son père; « Que nous serons heureux sous de si justes lois! « Il sera notre père et l'exemple des roîs. » Peux-tu ne pas sentir le prix d'une couronne Que l'amour , que la paix , que la gloire environne ; Et combien il est doux , pour un cœur généreux , De n'avoir qu'à parler pour faire des heureux? Cher prince, au nom des dieux, de ma tendresse extrême, De Dion , de ce peuple , et de ton père même , Préviens , en acceptant un héritage offert , Une rébellion qui l'accable ou nous perd.

DENYS, DENYS LE JEUNE, ARÉTIE, Gardes.

D EN Y s.

Prime, je viens savoir quelle est votre réponse. Il est temps qu'aux grandeurs votre père renonce : Heureux qu'en vous le Ciel ait voulu lui donner Un fils , par ses vertus , digne de gouverner !

DENYS LE JEUNE

Du destin des mortels il est beau d'être arbitre,

Quand on a les vertus que demande ce titre ,

Et qu'on peut s'assurer, n'ayant plus qu'à vouloir,

De remplir dignement un immense devoir;

Mais ces vertus, seigneur, les a-t-on à mon âge?

Des dieux, maîtres des rois, si, pour être l'image,

Il ne fallait qu'un cœur exempt d'ambition ,

Ennemi de l'injure et de l'oppression.

Et, pour le bien public, détaché de lui-même.

Je pourrais sans rougir porter le diadème.

Mais quand je considère où s'étend le devoir

De ceux à qui le Ciel a remis son pouvoir;

Quand je vois quel péril sans cesse les assiège ,

Qu'ils ont, à chaque pas, à craindre quelque piège;

Théâtre. I. 4

5o DENIS-LK-TYRAN.

Qu'an milk'ti des flattnirs flf)nt la dextérité D'un voile sé<luisant iiiasf|iic la vérité, L'n roi tloit être exempt d'erreur et de faiblesse, S'observer, se combattre et se vaincre sans cesse; Craindre tous ses |)encliants eomnie autant d'ennemis; Sous le trein du devoir les tenir tous soumis; Savoir «jue rien de lui n'est lé^^er ni frivole. Qu'il répond d'un lej^aril et d'un mot qui s envole; Que ce mot danj^ereux , échappé sans dessein , J*orte, à celui qu'il frappe, un poignard dans le sein; Et qu'un peuple attentif, qui de loin le contemple, Du vice ou des vertus attend de lui l'exemple ; Je sens qu'un diadème est trop pesant pour moi. Mais mon père aujourd'hui m'en impose la loi; J'obéis; et toujours sous votre dépendance, Je porterai le sceptre, et vous seul la balance. D K A V s , aux. gardes.

Qu'on l'arrête.

«ENYS LE JEUNE.

Ah! seigneur!

OCiel!

u E N Y s , aux gardes.

41 Obéissez.

A RÉT lE.

Quel crime?.

DENYS

u m'est connu, madame, c'est assez.

J'ai voulu m'assurer de votre intelligence. Et voir sur qui devait éclater ma vengeance.

Page 1