ACTE II, SCÈNE VIII
ULYSSE, // part.
Moment délicieux ! bonheur digne d'envie î
EUMÉE
Eh quoi ! le seul de ses vaisseaux Qui des vents et des mers eût défié la rage ,
Vient se briser sur ce rivage ; Et mon malheureux maître y périt sous les eaux !
ULYSSE
Sans faiblesse et sans crainte il a vu le naufrage ; Et d'un œil intrépide il a bravé la mort.
Mais, hélas! que peut le courage Contre l'ordre des dieux et les arrêts du sort ?
TRIO
TÉLÉMAQUE
O mon père !
EUMÉE
O mon maître !
TÉLÉMAQUE
Sort cruel !
EUMÉE
Jour affreux!
{^Les deux ensemble.^ Qui sera donc heureux?
Ulysse n'a pu l'être.
ULYSSE, à paît.
Ah ! quel père , ah ! quel maître Fut jamais plus heureux?
TÉLÉMAQUE
J'ai perdu mon modèle , J'ai perdu mon appui.
EUMÉE
Son épouse fidèle
Ne vivait que pour lui.
39» PÉNÉLOPE
ULYSSE
(^)u(l hotilieur, auprès d'elle, L'altendait aiijcjiird'iiui !
Ttl. ÉMAQUE ET EUMÉK.
Il n'en est plus pour elle , Il n'en est plus sans lui.
ULYSSE
Il est heureux encore, S'il vit dans tous les cœurs.
TKLÉMAQUE ET EUMÉE.
S'il vit dans tous les cœurs!
En doutez-voiis encore , Yous , qui voyez nos pleurs ?
t'est un dieu qu'on adore.
ULYSSE, h part.
Je sens couler mes pleurs.
E U MÉE
A.UX yeux de la reine Comment nous offrir ?
TÉLÉMAQUE
O dieux ! quelle peine Son cœur va souffrir !
EN SE MBLE.
Témoin trop fidèle De notre malheur.
Par pitié pour elle , Trompez sa douleur.
ULYSSE, h part.
Mon ame chancelle ; Un trouble vainqueur M'éjjare , et décèle Le fond de mon cœur.
( Fin du trio. ) Ouvre les yeux, mon cher Eumée.