ACTE III, SCENE IV
( haut. ) Reine , vous insultez à mon abaissement.
PÉN ÉLOPE.
Bon vieillard , pardonnez : je vous fais un outrage ;
Cependant, je l'avoue, un confus mouvement,
Contre vous, dans mon cœur, s'élève obstinément.
J'interroge vos yeux, vos traits , votre langage ,
Tout m'y peint la candeur. Eh bien! dans ce moment.
Je ne sais quelle voix en secret vous dément.
C'est là pour moi peut-être un bien faible présage !
Mais cent fois alarmée, et toujours vainement,
A vous croire aujourd'hui quelle preuve m'engage?
ULYSSE
Hélas! que vos doutes sont vains; Et qu'il m'est bien aisé d'éclaircir ce nuage! Reine, de votre foi reconnaissez le gage,
Qu'tlysse a laissé dans mes mains.
PÉNÉLOPE
L'anneau d'Ulysse! ô dieux! ô sort impitoyable! Ainsi de mon malheur je ne puis plus douter !
ULYSSE
Ah! pour vous l'annoncer, ce malheur effroyable, Croyez qu'il a du m'en coûter.
PÉNÉLOPE
AIR
Il est affreux , il est extrême , Il n'est connu que de mon cœur.
Qui n'a pas aimé comme j'aime.
Ne peut concevoir mon malheur.
Tant que la plus faible apparence Put me flatter dans ma souffrance, La vie eut pour moi des ajjpas; Mais un malheur sans espérance,
Thcâlrc. II. 3 6
4oi PÉNÉLOPE.
N'est qii'un pénible et long trépas.
Il est affreux , etc.
TÉLÉMAQUE
Dieux ! elle succombe. Ma mère !
{La tetuint dans ses bras , et regardant Ulysse.) Il n'est donc plus d'espoir?
PKN ÉLOPE.
Que veux-tu que j'espère Il a vu son naufrage, et tu l'as entendu. Non, je n'ai plus d'époux ; non , tu n'as plus de père. Mon lils, nous avons tout perdu.
E u M É E , bas , à Ulysse.
Tout est prêt.
ULYSSE, à part.
Je vais donc terminer son supplice ! ( haut. ) Reine, Ulysse respire ; il vient , vous l'allez voir.
p É N É L o p K , tremblante.
Quelle voix dans mon cœur vient ranimer l'espoir I
ULYSSE
Tremblez, lâches, tremblez; reconnaissez Ulysse. ( La symphonie donne le signal du combat. )
PÉNÉLOPE
O dieux !
CHOEUR
o suprême justice !
ULYSSE
••♦" Armez-vous , armez-vous.
« CH CE u R.
Armons-nous, armons-nous.
i Combat hors du théâtre , mais que l'on voit îi travers
la colonnade du vestibule. )