ACTE I, SCENE IL
s AN DE R.
Hélas ! ce qui me désespère , C'est de les laisser sans appui.
ALI
Ah ! vous auriez pitié de lui, Si vous saviez combien ses trois filles sont belles.
SANDER
Je viens d'Ormus. J'allais y savoir des nouvelles
D'un vaisseau , mon dernier espoir.
Mes filles , croyant me revoir
Dans l'opulence , l'une d'elles ,
A mon départ , me demanda
Des rubans , l'autre des dentelles ;
Mais la plus jeune leur céda
Toutes ces riches bagatelles;
Et d'un air tendre et caressant,
Elle me dit , en m'embrassant :
« Je ne veux qu'une rose : elle me sera chère
« Plus que le don le plus brillant ; « Et je dirai, c'est à moi que mon père
« Daignait penser en la cueillant. »
AIR
La pauvre enfant ne savait pas Qu'elle demandait mon trépas.
Cachez- lui bien que cette rose
Est la cause
De mon malheur.
Ah ! pour elle quelle douleur !
Sa tendresse
Qui me presse
De revenir dans ses bras,
Me rappelle ma promesse.
Ah ! pauvre enfant , tu ne sais pas
Que tu demandes mon trépas.
Théâtre. U. 2^
4i8 ZÉMIRE ET AZOR.
.T'ai l'ame assez compatissante Pour me laisser fléchir. Mais il faut que , pour toi , L'une de tes filles consente A venir se donner à moi.
s AN DKR.
Moi ! te livrer ma CUe !
AZOR
Il faut me le promettre, Ou sur l'heure !...
ALI
Il est le plus fort ; Et c'est à nous de nous soumettre.
Cruel ! pour une fleur !
Et sais-tu si mon sort Ne tient pas à ces fleurs, qu'un charme a fait éclore?
s A N D E R , à part.
Non , j'aime mieux mourir que d'exposer leurs jours. Mais je veux les revoir, les embrasser encore.
AZOR
Eh bien?
ALI, bas , à Sander.
Promettez-lui toujours.
SANDER
Malgré le sort qui nous menace, J'en donne ma parole ^ et je te la tiendrai : Une d'elles prendra ma place, Ou moi-même je reviendrai.
AZOR
Voilà qui nous réconcilie* Reprends cette fleur.
SANDER
Moi !