SCÈNE PREMIÈRE
AZOR, seul.
v^RUELLE fée, abrège ou ma vie, ou ma peine.
Tu m'avais donné la beauté :
De ce don je fus trop flatté ; Mais , hélas ! est-ce un crime à mériter ta haine ?
Qu'exige de moi ta rigueur. ^
Sous ces traits tu veux que l'on m'aime; Et le charme est détruit, si, malgré ma laideur,
Je puis toucher un jeune cœur;
Mais peux-tu l'espérer toi-même?
Pour commander aux éléments ,
Tu m'as bien donné ta puissance ; Mais les cœurs ne sont pas sous ton obéissance : L'amour est au-dessus de tes enchantements.
AIR
Ah! quel tourment d'être sensible.
D'avoir un cœur fait pour l'amour, Sans que jamais il soit possible De se voir aimer à son tour !
Je porte avec moi l'épouvante.
Et je ne répands que l'effroi.
La beauté timide et tremblante S'alarme et s'enfuit devant moi.
Ah! quel tourment, etc.
Théâtre. II. ^O
434 ZÉMIIIE ET AZOR.
Ce bon jx^ro , à qui jo coniinancle De 1110 livrer sa fille, aura-t-il la riyiicur Oc m'obéir? J*our moi c'est un nouveau malheur,
S'il fait ce ([ne je lui deniaïule.
J'aimerai; mais puis-je à mon tour
Me faire aimer par la contrainte?
La haine obéit à la crainte ;
L'amour n'obéit qu'à l'amour.
Que vois-je? une jeune personne
Qui s'avance vers ce palais.
( vivement. ) •Te reconnais son guide : oui, c'est lui. Si j'allais Au-devant d'elle? Non.... Je brûle et je frissonne.
Cachons-nous ; tâchons de savoir
A quels plaisirs elle est sensible;
Et que son cœur, s'il est possible,
Se rassure avant de me voir.
( // sort. )