ACTE I, SCENE II
AIR
Rien ne plaît tant aux yeux des belles Que le courage des guerriers.
Qu'ils soient vaillants, qu'ils soient fidèles; A leur retour je réponds d'elles.
L'amour sous les lauriers
N'a point vu de cruelles.
Rien ne plaît tant aux yeux des belles Que le courage des guerriers.
Sous les drapeaux , quand la trompette sonne , Chacun se dit : « Voilà l'instant;
« L'amour m'attend ; n Et dans ses mains est la couronne.
« Qu'il nous regarde , et qu'il la donne « Au plus vaillant , « Au plus brillant , « Voilà l'instant ; «. L'amour m'attend; « Et dans ses mains est la couronne. » Il a raison : l'amour l'attend.
Rien ne plaît tant aux yeux des belles , etc. cÉLicouR, vivement.
Je ferai mon devoir ; je serai , je l'espère j Digne de ma maîtresse , et digne de mon père. Te brûle de servir ma patrie et mon roi ; Et vous serez content de moi.
ORONTE
Allons , j'en accepte l'augure, c É L I c o u R.
Oh ! vous pouvez y croire ; et mon cœur vous l'assure : De l'amour à la gloire on me verra voler. Tout ce que je demande, avant de m'en aller,
C'est de m'unir à ce que j'aime.
OBONTK.
Quoi ! mon fils, à ton à^e !
CKLICOUR.
Ah ! mon père, un soldat Est si pressé de vivre ! et vous savez vous-même Que personne n'est jeune au moment d'un combat. Si je meurs son époux, je meurs digne d'envie. Mon ])ère , laissez-moi lui donner de ma vie Deux, beaux jours seulement : le reste est à l'État.
AGATHE
( Cl Céliroiir. ) ( « O ton te. )
Vous me faites trembler. Non, monsieur, non, ma mère ' N'y consentirait pas. Elle veut l'éloigner. 11 lui déplaira s'il diffère.
J'en suis sûre ; et je ^ eux du moins vous épargner La douleur d'un refus marqué par sa colère, o R o N T E.
Elle a plus de bon sens que toi , Mon fils.
CÉLÏCOUR.
Ah! que n'a-t-elle autant d'amour que moi?
OR ON TE
Es-tu donc si pressé ? A'ois un peu la folie * D'épouser à vingt ans femme jeune et jolie. Et de la laisser là?
Mon père ! vous savez Quels sont les écueils de mon âge.
Vous m'avez tant dit d'être sage !
Aidez-moi donc à l'être. Hélas! vous le pouvez. Pour la fougue de la jeunesse Est-il un frein plus assuré Que ce lien chéri, que ce nœud révéré, Dont l'amour et l'honneur nous occupent sans cesse ?