ACTE V, SCÈNE VI
Pensiez-vous que ma crainte, à l'aspect du supplice, Vous ravirait l'honneur de ce grand sacrifice? Si votre sang en moi ne s'est point altéré , Versé ])Our mon pavs , aurait-il murmuré? Mourir pour ma jjatrie et digne de mon père , Est, dans ce jour fatal, le seul bien que j'espère.
DION
Sûr de tes sentiments, je veux bien l'avouer, \u salut de l'État j'allais te dévouer; Mais mes pleurs m'ont trahi. L'invincible nature Au cri de la vengeance a mêlé son murmure. Prêt à frapper le coup, hélas ! j'ai soupiré; A cet effort cruel , mon cœur s'est déchiré. De tes périls, le peuple a jugé par mes larmes, Et j'ai vu tous les cœurs partager mes alarmes. Nos généreux amis aiment mieux tout souffrir, Que d'exposer ton père à te laisser périr.
A R lÎTIK.
Leurs malheurs, quels qu'ils soient, ne sont pas sans remède ; Un dieu, dans ce moment, peut ^cnir à mon aide.
DION
Ah! ma fille! et quel dieu daigne nous écouter?
Non , le tvran.... bientôt.... n'est plus à redouter.
DION
Il m'en coûterait trop de braver sa colère.
Ma fille est dans ses mains, et j'ai le cœur d'un père.
ARÉTIE.
On peut vous épargner ces combats douloureux.
Défenseurs de l'Etat, citoyens généreux ,
Vous , dont le sang coula pour la cause commune ,
Quelle gloire a suivi votre noble infortune !
Mon père , si , malgré le sort qui les trahit ,
Jusque sur l'échafaud la gloire les suivit ,
Si, plein d'un saint respect, rappelant leur disgrâce.
De leur sang, sur nos murs, ou baise eiu-or la trace; Quels honneurs obtiendrait celui de qui la main Aurait porté le coup qu'ils tentèrent en vain? Ah! mon père! pourquoi n'avons-nous fju'une vie! Que ne peut-on cent fois mourir pour sa patrie!
n j ON.
La joie est dans ses veux , et l'effroi dans mon cœur Reviens à toi ; modère une si noble ardeur.
Le désir de la gloire aiguillonne mon ame.
Un dieu remplit mon cœur, il l'élève, il l'enflamme.
Que je me sens de force en cet heureux instant!