‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 492 sur 563 · SI I. VA T · texte numérisé non relu

SI I. VA T

.T'ai fait ce que j'ai du.

Tu me tiens lieu de tout, et je n'ai rien perdu. .Te te donnai ma foi sans l'aveu de mon père : Voilà ma seule faute : il m'en a trop puni.

Il m'a déshe'rilé , banni ,

Laissé tomber dans la misère ;

Mais eut-il été plus sévère.

D'indissolubles nœuds avec toi m'ont uni,

6o\ SILVAIN.

Et mon cœur les cliérit mitant qu'il 1rs révère. Quant à ce mariage entre nous if'solu , Je suis loin d'en rougir! Et que fait la naissance? A-t-elle un plus beau titre, un droit plus aljsulu , Que le titre et les droits de la reconnaissance ?

Je dois tout à ces bonnes gens.

Quand mes mains au travail n'étaient point endurcies^ Leurs généreuses mains ont labouré nos champs : Je n'ai vu que par eux nos peines adoucies. Moi, mes enfants, toi-même, inconnus, délaisses, Avant d'avoir appris à travailler pour vivre. Nous périssions; leurs soins, leurs secours empressés. Dans notre solitude ont bien voulu nous suivre.

J'ai trouvé chez eux la pitié , Mais la pitié sans honte, et si noble, et si tendre,

Et si semblable à l'amitié,

Que mon cœur a pu s'y méprendre.

Non , pour eux , mon ami , tu ne peux faire assez. Mais ne me laisse pas dans mon inquiétude. J'ai de ta confiance une douce habitude ; Je iai depuis quinze ans passés.

Nos cœurs cessent de s'entendre :

Lequel des deux est changé ?

Ah! ton père est-il vengé?

Nos cœurs cessent de s'entendre :

Lequel des deux est changé ?

Non, ce n'est pas le plus tendre.

Non, non, ce n'est pas le mien.

Ah ! je tremble. Est-ce le tien ?

Quand ma main séchait tes larmes , Quand ta main séchait mes pleurs,

SCÈ^K I. 6o:>

Tout avait pour nous des charmes, Oui, tout, jusqu'à nos malheurs.

IVos cœurs cessent de s'entendre, etc

SI L VAIN

Won, ma confiance est la mcme; Mais il est si cruel d'affliger ce qu'on aime!

HÉLÈNE

Afflige-moi plutôt; mais ne me cache rien.

SILVAIN

Il faut t'obéir. Tu sais bien Quel était le seigneur de la terre où nous sommes?

.Juste et bon, il aimait les hommes; Du pauvre laboureur il était le soutien. « Mes enfants , disait-il , je veux que , dans ma terre , « L'homme recueille en paix les fruits qu'il a semés.

« Les animaux vous font la guerre;

« Vous ne serez point désarmés.

« Que chacun dans son champ se garde et se défende :

« Je cède à tons les mêmes droits :

« Je veux qu'ici l'on ne dépende

« Que de Dieu , du prince et des lois. » C'est ainsi que pensait cet homme respectable.

HÉLÈNE

Eh bien ?

SI L VA I rr.

Nous le perdons.

HÉLÈNE

Ah ! je sens, comme toi, Que c'est un malheur véritable.

SI L VA IN

C'en est un, chère Hélène, oui, c'en est un pour moi- Dans sa terre aujourd'hui sais-tu qui lui succède? Mon père.

HÉLÈNE

Juste ciel!

6oG SU, VAIN.

C'est à lui qu'il la cètle :

Mon frère en sera possesseur.

Je no l'ai vu qu'en son bas âge ; Mais des bontés d'un père indigne ravisseur, Et faisant de ses dons le plus lionteux usage, Il a de ses A^teux ans corrompu la douceur; Et par son arrogance il est, dans le village.

Annoncé comme un oppresseur.

11 arrive avec faste, il commande, il menace; On dit même qu'il veut interdire la chasse.

Qu'allons-nous devenir!

SILVAIX.

Nous nous aimons toujours.

Quel que soit notre asyle , avec un peu de peine, Nous aurons encor de beaux jours :

Rassure-toi , ma chère Hélène.

Marions notre fille; et sur-tout n'allons pas

Aftliger nos amis au moment de la fête.

Donne à la pauvreté l'air d'une aisance honnête. Je vais chasser pour le repas.

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