‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 55 sur 563 · A R CI R E · texte numérisé non relu

A R CI R E

Et connais- tu , dis-moi, de pins cruels tvrans

Que des républicains devenus conquérants ?

Est-il dans l'univers de plus rudes entraves

Que les chaînes dont Sparte a chargé ses esclaves?

Si leur nombre s'accroît en dépit du malheur.

S'ils combattent pour elle avec quelque valeur,

Bientôt , de leurs tvrans la prudence ombrageuse

En détruit, à plaisir, la race courageuse :

Plaisir digne d'un peuple au carnage élevé.

Qu'on voulut aguerrir, et qu'on a dépravé;

Chez qui tout s'endurcit, jusqu'au cœur d'une mère;,

Qui, pour être soldat, n'est plus époux ni père;

Et n'ayant pour vertu que sa férocité.

Semble avoir fait divorce avec l'humanité.

Loin de nous et ses mœurs et son joug détestable.

THÉONIS.

Il en est un pour nous encor plus redoutable 4rcir6!

8o VRISTOMKNR.

Quel est-il , ce pouvoir si fatal?

T M KON I s.

Celui d'un souverain que j'ai vu mon égal.

Nous nous livrons sans crainte, imprudents que no us sommes^

Mais l'intérêt, Arcire , a fait bien des grands hommes ;

Et tel de sa patrie est devenu l'appui.

Qui ne fit rien pour elle, et qui fit tout pour lui.

A RC r R K.

Des ingrats, Théonis, c'est bien là le langage!

Tu le crois. S'éblouir est le sort de ton âge ; Mais moi, qu'à tout prévoir les ans ont trop instruit, Je perce ces dehors dont l'éclat te séduit. Je connais les humains , et je suis loin de croire Qu'un citoyen puissant, vainqueur, chargé de gloire, Voulût rester l'égal de ceux qu'il affranchit. Moins crédule que toi , le sénat réfléchit : Il voit qu' Vristomène a subjugué l'armée, Que son crédit s'élève avec sa renommée , Qu'il ne nous sert enfin que pour nous maîtriser, Et qu'il change nos fers, au lieu de les briser. Un homme tel que lui parvient, malgré lui-même, Par la faveur du peuple à la grandeur suprême : On l'y porte; et bientôt....

ARCIRE.

Les cœurs reconnaissants Lui devraient cet hommage; et pour moi, j'y consens.

THÉONIS.

Vaillant jeune homme, ô toi, si l'on m'eût voulu croire.

Dont la gloire naissante eut obscurci sa gloire ;

C'est peu que ta valeur, trop facile à céder,

Ait servi sous un dicf qu'elle eût dû commander;

A son ambition livrant pleine carrière,

Tu l'excitos loi-niênic à franchir la barrière !

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