ACTE T, SCENE I. 8i
Est-ce ainsi qu'un héros se venge d'un affront? Quel triomphe pour lui , de voir que sur son front Son rival, instrument de sa grandeur suprême, D'une servile main place le diadème !
A RCIRE.
Tu t'es flatté sans doute , avec ce doux poison ,
De corrompre mon cœur, d'obscurcir ma raison.
De me faire envier des talents que j'honore ,
De me faire haïr des vertus que j'adore?
Je vois dans tes conseils pourquoi je fus admis :
Tu crois que deux rivaux ne sauraient être amis ;
Rends-nous plus de justice, et renonce à l'envie
De noircir, à mes yeux, une si belle vie.
Nos cœurs, qu'un souffle impur voudrait envenimer.
S'estiment trop , crois-moi , pour ne se pas aimer.
De vengeur de l'État il demanda le titre ;
Je le lui disputai : le peuple en fut l'arbitre;
Et grâce aux immortels , qui l'ont bien inspiré ,
Ce peuple est trop heureux de l'avoir préféré.
Non que d'un tel honneur, s'il m'avait jugé digne,
Mon bras, pour mériter cette faveur insigne.
Par quelque heureux exploit ne se fût signalé j
Mais ce qu'a fait le sien , qui l'aurait égalé ?
Je l'ai vu sans envie, et le vois sans alarmes.
Le salut de l'État lui fit prendre les armes ;
Et généreux auteur de notre liberté ,
Pour reprendre ses dons il a trop de fierté.
Il hait trop les tyrans pour aspirer à l'être.
Mais , hélas ! son malheur le fera mieux connaître ;
Et s'il se voit contraint , par un noir attentat ,
De livrer sa famille, ou de trahir l'État ,
On apprendra peut-être à plaindre une grande ame.
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Et s'il abandonnait et son fils et sa femme , Plutôt que le pouvoir dont il est revêtu ,
Théâtre. I. ^
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Serail-ce encore, Aniic , un effort dr vertu?