‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 60 sur 563 · ACTE I, SCENE II. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II. i

Quel pavs , ou quel peuple eùt-on jamais servi , Si l'on se fût lassé de se voir poursuivi ? Quelque ennemi peut-être en secret me traverse ; Eh bien ! c'est une épreuve où la vertu s'exerce. Braver pour son pays l'infortune ou la mort, D'un bon républicain c'est le vulgaire effort; Mais en butte à l'envie , à la haine , à l'injure , De ses ressentiments étouffer le murmure , Et servir son pavs, sans retour, sans espoir, C'est l'effort des grands cœurs , et j'en fais mon devoir. Laissons frémir l'envie, et soyons magnanimes. Le chemin de la gloire est traversé d'abymes ; Mais le terme est si beau ! mais le prix est si doux ! A ce prix immortel si nous aspirons tous , Celle qui le dispense aux combats nous appelle : C'est la postérité ; nous travaillons pour elle. Est-ce vivre en effet , que vivre enseveli , Et passer, en mourant, du repos dans l'oubli? Non , l'homme utile au monde est seul digne d'envie : Et la seule vertu donne un prix à la vie. Contemplez l'avenir ; voyez vos noms fameux Portés par la mémoire à vos derniers neveux. Regardez ce sénat. Là seront vos images ; Les peuples à genoux leur rendront des hommages ; Dans ces marbres sacrés il vous contempleront , Et liront leur devoir empreint sur votre front. Les voilà, diront-ils, ces citoyens célèbres. Qui de la servitude ont chassé les ténèbres , Et fait sur leur pays resplendir la clarté Des beaux jours de la gloire et de la liberté. O doux pressentiment ! ô généreuses flammes ! Ne les Sentez-vous pas pénétrer dans vos âmes , Citoyens ? et quel sang est d'un assez grand prix , Pour acheter l'honneur de sauver son pays?

86 ARISTOMENE.

En vain , par dos «lôtours, tes amis te disposent A cé«l«'r aux revers que les dieux U' us opposent. Dm saiif^ et de l'amour tu reconnais la loi.

Quel père, quel époux est plus tendre que moi ?

De l'un des st'nateurs la famille enlevée, Est, dans les mains de Sparte, à la mort réservée; Et si nous résistons , tout son san^' va touler. Penses-tJi qu'il consente à la voir immoler?

ARI SX o MK NE.

Le sacrifice est grand ! comme vous j'en soupire. C'est un devoir cruel qu'on ne saurait prescrire. Que je plains cet époux , ce père citoyen, Qui peut sauver l'État par cet affreux moyen , Et qui va le trahir ou perdre ce qu'il aime ! Quel est-il ?

T H É o N I s , lui renicltanl un billet. Lis.

XRiSTOMÈNE, ayant jeté les yeu.r sur le billet. Quels traits! mon épouse!

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