ACTE II, SCENE I
Faiit-il qu'on me condamne à faire mon devoir?
I, É A R Q u E , avec étonneinent .
Et cette arae est en butte au soupçon le plus noir !
AR I STO MÈNE
Des bruits injurieux n'ont rien dont je m'offense. Faible et léger, le peuple a les mœurs de l'enfance. Pardonnons à des cœurs trop long-temps abattus. La liberté , Léarque , est mère des vertus- Son ouvrage commence; attendons qu'il s'achève. Ce n'est pas en un jour qu'un grand peuple s'élève. Ingrat, reconnaissant, juste, injuste cent fois, Ses mœurs seront enfin un bienfait de ses lois. Sans nous plaindre de lui, liàtous sa destinée. Mais au sénat , dis-moi , quelle haine obstinée Se plaît à me noircir, s'efforce à m'accabler? Si je dois trembler seul , je cesse de trembler : " Sans garde , sans défense , et facile à surprendre , Mon sang est à celui qui voudra le répandre. Mon unique regret à le voir répandu , C'est que pour vous, hélas! c'est un crime j)erdu ; " Qu'il devient le signal de votre servitude , L'éternel monument de votre ingratitude , Et qu'en mourant ainsi j'aurai déshonoré Ce pays que mon cœur a toujours adoré. Dites-moi donc quelle est cette noire furie Qui veut persuader un crime à ma patrie ? Quels sont mes ennemis? On peut me les nommer. Je ne les connaîtrai que pour m'en faire aimer.
Que pour t'en faire aimer ! Désarme ton envie. Et n'as-tu pas du voir que l'éclat de ta vie Leur rendait odieux le bien que lu nous fais?
ARISTOMÈNE
Concois-tu cette horreur qu'on a pour les bienfaits , Théonis ? concois-tu la dureté farouche
(ji ARISTOMKNE.
T)'iin rœur (pif l'ainitié ni la piti«; ne tonche ?
Tu me crois, je le sais, du Monil)rf des ingrats.
Je ne le croirai plus, si tu me tends les bras.
T H É o N 1 s , Vctnbraisant.
J'excuse ton erreur : je sais qui l'a fait naître. C'est un jeune homme ardent que j'ai voulu connaître. J'ai sondé de son cœur jusqu'au dernier repli; L'amitié n'eut jamais rien de plus accompli : A sa noble candeur je dois ce témoignage. Pour lui , eri'dulo et prompt comme on l'est à son âge , D'une noire injustice il a dû m'accuser; Mais il vient. C'est à toi de le désabuser.