‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 70 sur 563 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

ARISTOMÈNE

Elle a pu s'abaisser jusqu'à la perfidie !

Et toi, mon fils, et toi, l'espoir de ma maison,

Tu croissais pour l'opprobre et pour la trahison !

L'héritier de ma gloire en naissant l'a flétrie !

Le fils d'Aristomène a trahi sa patrie !

O dieux! en les perdant, accablé de douleur,

Je me croyais, Arcire, au comble du malheur.

Que j'étais loin encor de ce dernier supplice !

Ma femme criminelle ! et mon fils son complice !

Amis ! qu'il est affreux de ne plus estimer

Ce qu'avec tant d'ardeur on fit gloire d'aimer !

J'admirais, j'adorais cette coupable épouse :

Cent fois de ses vertus mon ame fut jalouse ;

Et mon crédule amour se laissait aveugler

Jusqu'à me reprocher de ne pas l'égaler!

Quel transport , quel délire a pu troubler son ame ?

Le glaive de la loi, sur mon fils! sur ma femme!...

Et qu'il frappe, ou s'arrête; il ne reste à tous deux

Qu'un pardon flétrissant , ou qu'un trépas honteux !

ARC IRE

Non, Léonide aima son époux et sa gloire. L'apparence nous trompe. Une trame si noire Est trop indigne d'elle. 11 faut l'interroger.

ARISTOMÈNE

Elle a trahi l'État ; l'État doit la juger.

ARCIRE.

Au nom de votre amour, si constant et si tendre , Avant de l'accuser, ami, daigne l'entendre. Nous allons obtenir qu'on l'amène en ces lieux.

ARISTOMÈNE

Osera-t-elle encore v paraître à mes yeux ?

Théâtre. I.

98 A R ISTOM i. \F,

SCÈNK Yl.

A U I S T O M È N E , seul.

Au moment de subir sa sfiilrnce nïortfllf ,

Par quel art, de {|uel front le df-savoucra-t-elle ,

Ce crime à tous les veux par un })euj)le attesté?

C'est un peuple ennemi dont je suis détesté.

En (létrissaiit les miens, c'est moi qu'il déshonore.

Ah! plus (|ue je ne puis je veux douter encore.

Flatteuse illusion, qu'elle va dissiper!

Faible espoir qui me trompe, et qui va méchapperl

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