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plus à conséquence, et qui, dans tous les temps, a fait le plus trillusion. Soit donc que l'on entende, par la nature, le principe universel des choses , la puissance féconde, rinlelligence active qui préside à Tordre du monde, qui le gouverne et le maintient; soit qu'on entende cette collection d'êtres qui, réunis, forment ensemble le système de l'univers, dans l'une et dans l'autre acception , ce mot est admis par l'usage ; mais il faut prendre garde que l'on n'abuse du double sens qu'il peut avoir, et qu'on ne passe de l'un à l'autre , comme je vous le ferai remarquer dans le langage du matérialisme.
Axiomes de métaphysique.
Tl est impossible qu'une chose soit et ne soit pas en même temps.
Les contradictoires sont incompatibles et nécessairement exclusifs l'un de l'autre.
De deux propositions contradictoires, si l'une est évidemment fausse, l'autre est nécessairement vraie , fût-elle incompréhensible.
Un attribut incompatible avec l'essence d'un être en est absolument exclus.
Rien n'est la cause de sa cause.
Rien n'est l'effet de son effet.
Rien ne peut être sa propre cause.
Une première cause est la seule qui n'en a point.
{^ M É T A P H Y s 1 Q tl E.
Premier et unique principe de la métaphysique.
Je pense ^ donc je suis.
Ce principe est pour nous le seul qui soit évident par lui-même. Tous les autres faits, sans l'appui de cette vérité, seraient douteux ou pourraient être mis en doute.
L'homme est - il composé d'une seule ou de deux substances? a-t-il un corps? a-t-il des sens? C'est un problème pour le sceptique; mais, ce qui lui est évident malgré lui, c'est qu'il existe, qu'il vit, qu'il pense, et que sa pensée est le résultat de ce qu'il appelle ses sensations et ses idées. Ce qui lui est évident, c'est que ses sensations , quelle qu'en soit l'origine et la cause , sont , les unes pénibles ou douloureuses , les autres agréables , les autres variables entre la peine et le plaisir; que d'autres sont de simples perceptions sans aucun sentiment de plaisir ni de peine. Ce qui lui est évident, c'est que ses premières idées sont des souvenirs de ses sensations , comme de tel plaisir , de telle peine que son ame a sentie , mais qu'elle ne sent plus , ou de telle autre perception qui , sans avoir été ni agréable, ni pénible, a cependant laissé des traces. Ce qui lui est évident encore, c'est qu'avec ces perceptions, qu'il simplifie par l'analyse , ou qu'il rassemble et recompose, il a le don de se former de nouvelles conceptions. Tout cela, mes enfants, est compris dans le mot , Je pense.
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Mais, réduits à ce seul principe, je pense ^donc je suis ^ n'en tirons -nous d'autre certitude cpie celle de notre existence intellectuelle, et sommesnous sur tout le reste plonges dans im abyme d'incertitudes ou d'erreurs? Non, mes enfants ; ce principe est pour nous comme un point de lumière qui répand sa clarté sur tout ce qu'il nous est important de connaître, et nous suffit pour dissiper les doutes dont on obscurcit la raison.
En métaphysique comme en morale, il est donc vrai que la première et la principale étude de l'homme doit être l'étude de lui-même , selon le conseil de l'oracle , nosce te ipsum ; et vous serez étonnés, je vous l'annonce, de la prodigieuse fécondité dont sera pour vous l'étude et la méditation de ce qui se passe en vous-mêmes. Est illud qiddem maximum animo ipso animum videre ; et nimiriim liane habet vim piœceptum yJpoUinis , quo monet , ut se quisque ?ioscat.[Cic. Tusc. 1. i ).
Que le pyrrhonien , le sceptique affecte un doute universel ; qu'il conteste à ses yeux l'existence de la lumière ; et qu'il se conteste à luimême la réalité de ses yeux, de ses sens, du corps que son esprit anime ; qu'il ose démentir toutes les actions de sa vie, qui démontrent en lui la pleine persuasion de ce dont il feint de douter; qu'en un mot, à la vérité qui l'obsède et qui le poursuit, il oj)pose la plus opiniâtre incrédulité , cet axiome , je pense ^ donc Je suis, sera pour lui un point d'une telle évidence, c^ue le
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doute même en serait la preuve ; car clouter, c'est penser. Je doute si je pense , je doute si je suis , serait le langage d'un fou. Voilà donc une vérité à laquelle ni le sceptique, ni l'incrédule ne peut se refuser, s'il est dans son bon sens; or, cette vérité est un point fixe auquel est suspendue une chaîne de conséquences indissolublement liées sur les objets les plus intéressants pour nous.
Le inonde existe , donc Dieu existe , est un raisonnement d'une force irrésistible pour des hommes d'un très - grand sens. Le matérialiste lui-même, en affectant de le mépriser, s'efforce en vain de le combattre. Vous allez voir bientôt qu'il en est accablé. Mais le sceptique qui met en doute l'existence du monde, met aussi en problème l'existence d'un Dieu. Quelle en sera pour lui la preuve ? C'est pour lui que je vais former les premiers anneaux de ma chaîne; et, partant du principe dont il ne peut douter , je pense , donc je suis ^ sur tout le reste je commence par adopter son hypothèse; je lui accorde ce qu'il demande ; je me mets à sa place ; je me fais sceptique moi - même ; je me suppose seul avec ma pensée, doutant de tout ce qui n'est pas moi , doutant même de l'existence de ce corps, de ces sens qui me semblent m'appartenir, réduit à ce premier et unique axiome, je pense, donc je suis, et résolu à ne rien admettre qui n'en tire son évidence. Vous vous effrayez, mes enfants, de voir que je m'isole ainsi, et vous ne concevez pas
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comment, de la seule conviction de l'existence de ma pensée, je fais dépendre la certitude de l'existence de Dieu, de Texistence du monde, de l'existence de mon corps. Rassurez-vous , je combats le sceptique , et avec cette massue inévitable vous me Tallez voir accabler.
Je dis donc : il est possible que tout ce qui n'est pas ce moij dont ma pensée m'atteste l'existence, ne soit qu'une apparence vaine. Mes idées, mes sentiments, mes perceptions de toute espèce, m'assurent que je suis , puisque penser et sentir, c'est être. Mais tout cela ne peut-il pas se passer en moi , sans qu'il y ait rien de réel hors de moi? Ce corps organisé , qui me semble faire partie de moi-même, peut n'être qu'un fantôme; et les impressions que je crois recevoir par l'entremise de mes sens , ne sont peut - être que des modes de ce que j'appelle mon ame. Voilà , je crois , le doute raisonnable poussé aussi loin qu'il peut aller.
Eh bien ! c'est de cette hypothèse , ou tout me manque , excepté ma pensée et le sentiment de ma propre existence , que je m'élève à la connaissance d'un Dieu, second principe, d'où bientôt résultera l'existence du monde; et de là, celle de deux substances de nature diverse; et de là , une ame spirituelle, ressemblance infiniment faible de l'intelligence ii^finie, mais de même nature , et destinée par elle à l'immortalité , etc. , etc. ; car tel est, dans mon plan, la marche des idées
la MÉTAPHYSIQUE.
métaphysiques ; et je la crois et plus droite et plus ferme que celles qu'on nous a tracées et fait suivre jusqu'à-présent. Avançons.
D'abord , si rien de ce que je crois apercevoir n'existe hors de moi , c'est donc en moi une multitude innombrable de conceptions , d'images , de tableaux sans objets, et qui , formés dans ma pensée, s'y succèdent ou s'y rassemblent quelquefois à mon gré , le plus souvent d'eux-mêmes , et souvent aussi malgré moi.
Ainsi, dans l'hypothèse que tout cela ne soit qu'illusion , le ciel , le soleil , les étoiles , les éléments, la terre et ses productions, les végétaux, les animaux, en un mot, la natin^e entière, ses phénomènes, ses merveilles, ne seront que des modes accidentels de ma pensée ; et ce ne sont point des images confuses et bizarres , conmie celles des songes ; c'est dans un ordre invariable, dans une parfaite harmonie , l'assemblage et l'accord de toutes les parties d'un tout immense et construit sur un plan régulièrement dessiné. Or, qui de nous croira , qui de nous , même sans le croire , osera supposer possible que l'univers , dans son ensemble et dans ses détails infinis , n'existe que dans sa pensée?
Quoi ! les révolutions des astres , celles des saisons , celles des empires , l'histoire entière du genre humain , les mœurs des nations, leurs lois, tout ce que j'attribue à une longue suite de grands hommes dans tous les genres, les productions du
génie et des arts, ne seraient que mes rêves! j'aurais imaginé l'existence d'Athènes, ses écoles et son théâtre; la politique des Romains, leurs vertus, leur génie, leurs guerres, leurs conquêtes! J'aurais rêvé ['Histoire de Polybe , les Décades de Tite-Live, et les Annales de Tacite ; les poèmes d'Homère et de Vir£:ile seraient de mon invention ! Certes, celui des hommes qui, dans sa fantaisie , se croirait l'inventeur de tout cela , serait un fou bien glorieux !
Au moins, en supposant possible que rien de ce que j'aperçois , n'ait une existence réelle; que rien de ce que j'imagine n'ait existé ; au moins me sera -t- il bien évident que ces perceptions, puisqu'elles se succèdent, ne me sont point innées ; que je ne me les donne pas ; qu'elles m'arrivent toutes formées; qu'enfin, si , hors de moi, elles n'ont point pour causes les objets qu'elles représentent , et si le monde , qui me semble en être le modèle universel , n'existe pas , une autre cause opère en moi cette espèce de création. Or, quelle peut être la cause d'un effet qui confond la pensée où il est produit?
Tout persuadé que je suis de la réalité de ce que j'aperçois, je ne puis sans étonnement réfléchir au phénomène de la pensée; et, en supposant même qu'il ne s'opère que par l'entremise des sens , et qu'il ait pour causes physiques les impressions des corps qui environnent le mien , je suis forcé encore de reconnaître que cette re-
lation, et les effets qu'elle produit, doivent avoir une cause première, une cause qui donne à ces objets sensibles la puissance d'agir sur moi, et qui me donne à moi la faculté incompréhensible de recevoir cette action en sentiments et en idées. Je vous ai démontré combien , même en ne doutant pas de la réalité des objets de nos perceptions , il est impossible de concevoir un tel prodige sans y reconnaître la loi d'une volonté souveraine à laquelle tout obéit.
Que serait-ce donc , si , en me supposant isolé , seul, environné du néant et du vide, je croyais avoir en moi la représentation mobile et variée du spectacle de l'univers? Serait-ce de lui-même, de sa propre nature , que ce qui pense en moi aurait cette fécondité inépuisable de sentiments, d'images, de tableaux sans modèles? Et ne seraitil pas absurde d'y croire voir un monde de mon invention? Moi, l'inventeur du mécanisme et de l'ordre de l'univers ! Ah! loin d'avoir pu l'inventer, j'ai de la peine à le comprendre. Mon imagination, accablée d'étonnement, succombe sous tant de merveilles. Je me croirais une intelligence plus qu'humaine , un génie surnaturel , si j'avais pu seulement inventer l'organisation d'une puce , l'œil ou l'aile d'un moucheron ; et , si je suppose un moment que tout ce que je vois n'existe que dans ma pensée, que c'est même sans intention, sans dessein c|ue je l'aperçois ; que , sans ma volonté, contre ma volonté souvent, ces prodiges
s'opèrent, quelle est donc la puissance qui, dans un si petit espace , avec de si faibles ressorts , produit en moi ces grandes scènes où sont retracés trois mille ans du spectacle du monde , d'un monde physique et moral si étonnamment varié? Une suprême intelligence a pu seule me rendre présent et concevable ce qu'elle seule a d'elle - même la puissance de concevoir. Ainsi , pour tout homme de bon sens et de bonne foi , ces trois premières yérités , je peiise , donc je suis ^ donc il j- a un Dieu, sont nécessairement liées.
Mais quel serait-il donc ce Dieu fantasque, ce Dieu moqueur qui, avec tant de puissance de modifier ma pensée, d'agir sur mon entendement, s'amuserait à le remplir d'illusions et de mensonges? Une suprême intelligence qui doit être essentiellement la sagesse et la vérité, se faisant un jeu perpétuel d'abuser de faibles esprits, est une idée si puérilement absurde, qu'il semble qu'on doive rougir d'y donner quelque attention ; et cependant il faut que cela soit ainsi, et que Dieu soit trompeur, ou que le monde existe. L'alternative est inévitable , et , entre l'un et l'autre, il n'y a point de milieu. Voilà donc une quatrième vérité enchaînée aux trois autres, je pense , donc je suis ^ donc il y a un Dieu , donc le monde existe.
Mais, si le monde existe, nous dira l'incrédule, ne peut -il pas être lui-même la cause universelle et le premier principe de tout ce qui se passe en lui, de tout ce qui se passe en nous ? Ici nous
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allons prendre l'inverse du raisonnement que nous avons fait au sceptique ; car , avec le sceptique , il a fallu prouver l'existence d'un Dieu , l'existence du monde , par la seule donnée qu'il admet comme indubitable l'existence de sa pensée. Mais , avec l'incrédule qui reconnaît l'existence du monde sans aucun principe au-delà, c'est de la vérité dont il convient qu'il faut partir , et par l'existence du monde prouver l'existence d'un Dieu , et d'un Dieu qui n'est pas le monde. Réservons pour demain cette grande leçon.
LEÇON DEUXIEME
L'existence du monde est une démonstration de V existence d'un Dieu.
J j'homme est à lui-même une preuve évidente de l'existence d'un Dieu. Cette vérité le pénètre par tous les sens ; il la respire avec la vie. L'ame et ses facultés, le sentiment et la pensée , le corps humain et son action , sa structure et son mécanisme, le jeu de ses organes, leurs mobiles et leurs ressorts, les fonctions combinées de toutes ses parties , l'équilibre entre les solides et les fluides qui le composent , ses relations avec l'ame, leur union, leur correspondance, sont un prodige si absolument incompréhensible, sans une cause infiniment sage et puissante , que cette seule connaissance forcerait l'homme d'adorer le Dieu qui l'a fait.
Et combien la conviction de cette grande vérité devient plus forte encore et plus irrésistible lorsqu'à l'étude de soi-même, l'homme joint la contemplation de cet univers où , d'un pôle à l'autre, tout est d'accord, tout est ensemble; où, depuis les soleils qui roulent dans les cieux jusqu'à l'insecte qui rampe sur la terre , tout est
Métaph. et Morale. 2
l8 MÉTAPHYSIQUE.
merveille, tout annonce une puissance inépuisable et une sagesse infinie?
Aussi, par la seule induction de l'ouvrage à l'auteur, des effets à leur cause, riiomme, dans tous les temps, dans tous les lieux du monde, a-t-il eu quelque idée de la Divinité; idée confuse et grossière, mais qui ne laissait pas d'attester l'existence de l'être dont on ressentait le pouvoir. Nulla gens tam fera^ dit Cicéron, nenio omniuniy tam sit iniinanis^ cujus mentem non inibuerit deorum opinio. Multi de dits prava sentiunl : id eniin vitioso more effîci solet : omnes tamen esse vim et naturam dkdnatn arbitrantur. Nec verô id collocutio hominum , aut consensus efficit; non institutis opinio est conjîrmata, non legibus. Omni autem in re oonsensio omnium gentium lex naturœ putanda est. ( De IVatur. Deor. )
Mais, lorsque, dans Fancienne philosophie, on voulut raisonner l'idée , ou , pour mieux dire , le vSentiment de la Divinité, l'on se perdit dans les systèmes.
Tous ces systèmes avaient pour base l'éternité de la matière; mais, lorsqu'il fallait assigner d'où lui venaient ses formes , parmi lesquelles on comprenait la vie, le sentiment et la pensée, c'était là qu'on se divisait; et chacun se piquant d'avoir une opinion à soi , c'était à qui donnerait comme pour enseigne, à son école, l'invention d'un premier principe qui ne fût pas celui d'une autre école.