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mations. On appelait liberté le droit d'éteindre toute liberté. Le sens de ces réclamations n'était pas équivoque : nous voulons tout pouvoir par le moyen du peuple , et qu'on ne puisse rien qu'avec nous et par nous.
Mais, en convoquant les états - généraux , le roi avait -il entendu former une démocratie, et attribuer aux communes le despotisme menaçant qu'elles prétendaient exercer? « Que devient, sire, lui disaient les ordres opprimés, que devient celte sûreté que vous nous avez garantie? que devient cette égalité que les communes ont demandée ? En existerait - il une ombre pour deux ordres qui s'entendraient dénoncer, dévouer à la fureur du peuple, s'ils ne consentaient pas sans réclamation à ce que le tiers aurait voulu? Sans doute autour de cette salle d'une assemblée législative , il n'aurait point fallu de garde militaire ; mais il n'y fallait pas non plus des troupes de brigands prêts à nous lapider. » Cette garde paisible qu'on disait offensante pour i'sasemblée des états, n'était là que pour garantir le calme des opinions et la liberté des suffrages. Voulait -on que toute contrainte en fut bannie? il fallait éloigner les troupes , et en même temps il fallait écarter ce peuple qui venait jusque dans l'assemblée encourager ses partisans, choisir et marquer ses victimes, et rendre effrayante pour les faibles la redoutable épreuve de l'appel nominal.
Les orateurs du peuple faisaient l'éloge de sa
bonté, de son é([iiitt' iiahircllc, cl ccl éloge élan tlù sans cloute à une classe de citoyens qui e^i l'élite (le la commune. Mais au-dessous de cell classe ne voyait-on pas ces brigands qui, daii^ Paris naguère, avaient saccagé la maison (fun paisible et bon citoyen? et ceux qui, dans l'enceinte des jardins du Palais -Royal, semaient l,i calomnie et soufflaient la révolte? et ceux qui. à Versailles, avaient voulu lapider un cliaritabli et pieux archevêque? et ceux qui avaient enle\i an supplice un fds meurtrier de son père? et ccu\ qui, depuis, dans Paris, aux portes de l'Ilùle!de-ville, et à Versailles même, dans le palais du roi, ont commis tant d'atrocités? et ceux qui les ont applaudies après les avoir provoquées, et sr sont réjouis en voyant promener au bout dcb lances toutes ces têtes de citoyens inhumainement massacrés?
C'était donc, disaient les deux ordres qui réclamaient la sûreté commune , c'était donc une dérision cruelle, que de confondre ainsi le peuple qu'il fallait contenir avec celui qu'il fallait protéger. Par un grossier abus des mots, de la populace on faisait le peuple, et de ce peuple la nation que l'on déclarait souveraine.
Les communes demandaient à Paris une irarde bourgeoise; mais, en attendant qu'elle fut organisée, cpi'avait. d'inquiétant le petit nombre de troupes réglées que le roi y avait fait venir? Tout y était tranquille depuis leur arrivée; mais cette
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police militaire n'était pas du goût des communes. Leurs émissaires ne cessaient d'agiter le Palais- Royal, Tinfàme repaire du crime; ils y attiraient les soldats aux gardes, et les y retenaient la nuit. Ce fut ce que le duc du Châtelet, leur colonel, ne put dissimuler; il y fit prendre à une heure indue deux de ces soldats vagabonds; et ils furent conduits à la prison de TAbba} e. Ce fut le signal d'un soulèvement. L'acte le plus commun de l'autorité militaire fut traité d'attentat contre la liberté, et, en moins d'une heure, la prison des deux soldats ( qu'on appelait amis du peuple ) fut assiégée par vingt mille hommes. Les geôliers ayant fait résistance, on prit des haches et des leviers, les portes furent enfoncées, et tous les prisonniers, même les criminels, s'échappèrent pendant la nuit.
Le lendemain , à l'ouverture de l'assemblée nationale, arrivent à Versailles les députés de cette foule mutinée. Dans leur adresse, qui fut remise au président, il était dit que ces deux malheureuses victimes du despotisme avaient été arrachées de leurs fers; c[u'au bruit des acclamations ils avaient été ramenés au Palais -Royal, où ils étaient sous la garde du peuple, qui s'en était rendu responsable. « Nous attendons, ajoutaientils, votre réponse, pour rendre le calme à nos concitoyens, et la liberté à nos frères. »
La réponse du président fut qu'en invoquant la clémence du roi, l'assemblée donnerait l'exem
pie du respect du à l'autorité royale, et qu'elle coujurait les habitants de Paris de rentrer surle-cliamp dans l'ordre. Cette réponse faible était au moins sincère et conforme au vœu des communes ; car l'assemblée ne savait pas que , par les plus insignes et les plus infâmes brigands, on soulevait la populace , et que cette furie qu'on lui avait inspirée, on l'employait à faire craindre à la cour des soulèvements. L'assemblée ellemême était mue par des ressorts qui lui étaient inconnus. En son nom et par elle on ronniait le peuple, par le peuple on la dominait. Tel a été le mécanisme de la révolution.
Le roi fut donc supplié , au nom de l'assemblée, de vouloir bien employer au rétablissement de l'ordre les moyens infaillibles de la clémence et de la bonté, si naturels k son cœur, et il y consentit sans peine; mais, avant de céder à un mouvement de bonté, il voulait que l'ordre fût rétabli. Il ne le fut en aucune manière. Le peuple , sans remettre les deux soldats dans leur prison , sans renoncer lui-même à ses attroupements nocturnes, et en redoublant au contraire de tumulte et de violence, réclama la promesse du roi d'un ton à ne souffrir aucun retardement, et il fallut que la discipline et que l'autorité royale fléchissent devant sa volonté.
Ce fut alors que les résolutions du conseil parurent prendre quelque énergie; mais la faiblesse ne sort jamais de son caractère qu'à- demi d'un