LIVRE XV. 33 l
Personne n'en doutait; mais ce repos, cet ordre même était le coup mortel pour la révolution qu'on voulait produire.
On a entendu le roi répondre'à la noblesse, qu'il connaissait les droits attachés à sa naissance, et qu'il saurait les maintenir. Il avait dit aux états - généraux qu'aucun de leurs projets , aucunes de leurs délibérations ne pouvaient avoir force de loi sans son approbation spéciale, et que tous les ordres de l'État pouvaient se reposer sur son équitable impartialité. Or, dans ce système d'autorité et de puissance protectrice, et en opposition avec une faction populaire qui se regardait elle-même comme le corps législatif unique, absolu et suprême, et comme le dépositaire de la volonté nationale , le roi, pour tenir ce langage, ne devait pas être désarmé; et dans le cas où il serait forcé d'ao;ir comme il avait parlé , en bon roi mais en vrai monarque , il était nécessaire qu'il en eiit le pouvoir. C'était là déterminément ce que le parti factieux et révo- 1 lutionnaire ne voulait pas souffrir. Ses forces i résidaient dans ce ramas de peuple qui suit aveuglément ceux qui se déclarent pour lui; et si Versailles était gardé , si Paris était calme , ou réprimé par des troupes de ligne, les factieux ' restaient sans moyens et sans espérance.
Ce n'était pas encore à des forfaits qu'on exj citait le peuple. L'anarchie avait ses dangers qu'on • ne se dissimulait pas; mais, pour intimider le roi et
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le parti des gens de bien , diit-il en coûter d'abord quelque ravage, même un peu de sang innocent la liberté républicaine était d'un si grand prix, qu il fallait bien lui faire de légers sacrifices: telles étaient la politique et la morale du plus grand nombre ; et c'étaient les plus modérés : les autres se croyaient permis tout ce qui leur était utde; et à leur tète Mirabeau professait hautement comme vertus modernes le mépris des devoirs et des droits les plus saints.
11 fallait, disait -on, nourrir le feu du patriotisme; et pour l'entretenir, la liberté accordée à la presse faisait éclore tous les jours des libelles calomnieux, où l'on dévouait à la haine et à la vengeance publique quiconque osait disputer au peiqjle le pouvoir de tout opprimer. Le noble qui, avec quelque chaleur, défendait la cause des nobles, un membre du clergé qui, avec quelques éloquence, plaidait la cause du clergé, n'étaient rien de moins, dans ces délations , que des traîtres à la patrie. Dans le tiers -état même l'opinion modérée passait pour lâcheté et rendait suspect son auteur. Ainsi, du coté des communes, la contrainte et la violence environnaient les deux pre- ; miers ordres, et c'était les communes qui sem- lblaient repousser la contrainte et la violence. Tout ce qui pouvait animer, irriter, soulever le peuple était permis et j^rovoqué ; tout ce qui pouvait contenir ou réprimer ses mouvements, excitait dans les états même les plus vives récla- ''