LIVRE XVI
conduite raisonnée , progressive et constante, s'acheminant de poste en poste vers la domination , sans jamais perdre un temps ni reculer d'un pas. Résolu donc à ne souffrir ni autour de Versailles, ni autour de Paris, aucun rassemblement , on délibéra une adresse au roi le 8 juillet (1789). Ce fut l'ouvrage de Mirabeau, le principal orateur des commumes, homme doué par la nature de tous les talents d'un tribun ; bouillant de caractère, mais aussi souple dans sa conduite que fougueux dans ses passions ; habile à pressentir l'opinion dominante, et pour paraître la conduire, diligent à la devancer, lâche de cœur, mais fort de tète et intrépide d'impudence; corrompu à l'excès et se vantant de l'être; déshonoré dès sa jeunesse par les vices les plus honteux, mais n'attachant aucun prix à l'honneur; calculant bien qu'un homme dangereux ne pouvait être méprisé même en se rendant méprisable, et résolu à se passer de l'estime attachée aux mœurs, s'il obtenait celle qu'arrachent de grands talents devenus redoutables.
Voici l'adresse qu'il proposa d'adresser au roi , chef-d'œuvre d'éloquence artificieuse et perfide, et qui, applaudie comme elle devait l'être, fut adoptée par acclamation (le 9 juillet).
ce Sire, vous avez invité l'assemblée nationale à vous témoigner sa confiance; c'était aller audevant du plus cher de ses vœux. Nous venons déposer dans le sein de votre majesté les plus
vives alarmes. Si nous en étions l'objet , si nous avions la faiblesse de craindre pour nous-mêmes, votre bonté daignerait encore nous rassurer ; et même, en nous blâmant d'avoir douté de vos intentions, vous accueilleriez nos inquiétudes, vous en dissiperiez la cause, vous ne laisseriez point d'incertitude sur la position de l'assemblée nationale.
« Mais, sire, nous n'implorons pas votre protection ; ce serait offenser votre justice. Nous avons conçu des craintes, et, nous l'osons dire, elles tiennent au patriotisme le plus pur, à l'intérêt de nos commettants, à la tranquillité publique, au bonheur du monarque chéri qui, en nous applanissant la route de la félicité , mérite bien d'y marcher lui-même sans obstacle. (Détestable hypocrite! )
« Les mouvements de votre *cœur, sire, voilà le vrai salut des Français. Lorsque des troupes s'avancent de toutes parts, que des camps se forment autour de nous , que la capitale est investie, nous nous demandons avec étonnement : Le roi s'est-il méfié de la fidélité de ses peuples? S'il avait pu en douter, n'aurait-il pas versé dans notre cœur ses chagrins paternels ? Que veut dire cet appareil menaçant?
« Où sont les ennemis de l'État et du roi qu'il faut subjuguer? où sont les ligueurs qu'il faut réduire? Une voix unanime répond dans la capitale et dans l'étendue du royaunie : nous ché-