LIVRE XVI
Aussitôt dans Paris se répandit le bruit d'un massacre de citoyens dans le jardin des Tuileries , où couraient, disait-on, les dragons de Lambesc à cheval , le sabre à la main , et le colonel à leur tète, égorgeant les vieillards , écrasant les enfants, renversant les femmes enceintes, ou les faisant avorter de frayeur.
En même temps, sur le faux bruit que leur régiment était insulté , les grenadiers des gardesfrançaises forcèrent le duc du Châtelet, leur colonel, à les laisser sortir du jardin de l'hôtel de Richelieu , où il les tenait enfermés. Dès-lors le régiment aux gardes fut tout entier livré au peuple; et c'était là ce que les factieux désiraient le plus ardemment.
Ainsi Paris , sans tribunaux , sans police , sans garde, à la merci de cent mille hommes errant au milieu de la nuit, et la plupart manquant de pain, croyait être au moment d'être assiégé audehors , d'être saccagé au - dedans. Vingt - cinq mille hommes de troupes étaient postés autour de son enceinte, à Saint-Denis, à Courbevoye, à Charenton , à Sèvres , à la Muette , au Champde-Mars; et tandis qu'on le bloquerait et qu'on lui couperait les vivres, il allait être en proie à un peuple affamé. Telle fut l'image terrible qui, dans la nuit du 1 2 au i3 juillet, fut présente à tous les esprits.
Mais les brigands eux-mêmes, saisis de la terreur commune , ne commirent aucun dégât.
\jVS 1)ou tiques des armuriers furent les seules qu'on fit ouvrir, cl l'on n'y prit rien que des armes.
Dès que le jour parut, la ville se trouva remplie d'une populace égarée, qui, frappant à toutes les portes, demandait à grands cris des armes et du pain, et qui, croyant qu'il y avait un dépôt de fusils et d'épées dans les souterrains de l'Hotel-de-Ville , s'y porta pour les faire ouvrir. Je m'arrête pour expliquer par qui , dans ce moment, l'Hôtel-de-Ville était occupé et par quelle espèce de tribunal la police y était exercée.
Le lo mai, les élections de la commune étant achevées, Target, président de l'assemblée des électeurs, leur persuada de se tenir en permanence durant la session des états-généraux. La délibération en fut prise du consentement et au gré de la faction populaire. Ainsi, lorsqu'à la fin de juin, après la séance royale, les électeurs trouvèrent leur salle fermée à l'archevêché, ils se firent ouvrir l'Hôtel -de -Ville, et s'y établirent les agents de l'assemblée nationale auprès du peuple de Paris.
Je dois leur rendre ce témoignage, que, dans des circonstances difficiles et périlleuses, chargés du soin de la chose publique , ils s'acquittèrent de leurs fonctions en bons et braves citoyens.
Ce fut donc à cette assemblée que, le 1 3 juillet, le peuple s'adressa pour demander des armes, dont il y avait, disait -il, un amas dans les ca-