‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 128 sur 162 · LIVRE XVI 1. J · texte numérisé non relu

LIVRE XVI 1. J

dans cette foule impitoyable. Il y passa, et il y prit séance dans le cercle des électeurs. Il se vovait couché en joue de toutes parts ; mais d'atitres incidents avant fait diversion à la fureur dont il était l'objet, il profita de ce relâche; et se penchant vers un ecclésiastique qui était auprès de lui (c'était l'abbé Fauchet), il lui tendit la main , le conjurant tout bas de se rendre à la hâte au district Saini-Roch. v On y veut ma tête, ajouta-t-il, et c'est de là que parlent toutes les accusations intentées contre moi. Allez, et ditesleur que je ne demande que le temps de me justifier. » Fauchet , s'étant ému pour lui d'un sentiment de compassion, alla implorer cette grâce, et l'implora inutilement. Il s'agissait d'épouvanter ceux qui, comme Flesselles, se croiraient par devoir attachés au parti du roi ; et pour vaincre la probité par la terreur, il fallait encore des victimes. Le peuple n'était pas encore assez habitué au crime, et pour l'y aguerrir, on voulait l'y exercer. Le district, conducteur de l'insurrection, fut donc inexorable, et Flesselles ne revit plus celui dont il attendait son salut.

Ici je dois faire observer quels étaient, à l'îlotelde-Yille, ceux qu'on y envoyait demander la tète de Flesselles. « C'étaient, nous dit un fidèle témoin, des hommes armés comme des sauvages; et quels hommes? de ceux qu'on ne se souvient pas d'avoir jamais rencontrés au grand jour. D'où sortaient -ils? qui les avait tirés de leurs réduits ténébreux ?

« A la tt'to (lu couiilc des électeurs, nous dit le même témoin, Flesselles marquait encore quelque assurance : on le vit jusqu'au moment latal écoutant tout le monde avec un air d'empressement et d'affabilité si naturel , (juil s'en serait tiré, si le parti de le Aiire périr n'avait pas été pris irrévocablement. Il fut témoin de la joie féroce qu'on fit éclater à la vue de cette lance au bout de lafjuelle était la tête du gouverneur de la Bastille. Il fut témoin des efforts que firent, dans ces moments, quelques bons citoyens pour arracher au peuple quelques-unes de ses victimes. Il entendit les cris de ceux qui demandaient que lui-même il leur fût livré. Cependant, parmi tant d'horreurs, hasardant tout pour s'échapper, et se croyant oublié un moment, il osa sortir de s^ place et se glisser parmi la foule. Il l'avait percée en effet; mais ceux qui l'avaient poursuivi dans cette salle, et qui sans doute avaient promis sa mort, le poursuivaient encore en lui criant : ^4u Palais-Rojall au Palais-RojaV. Soit, leur dit-il en sortant; et, le moment d'après, sur l'escalier de l'Hôtel-de-Ville, un de ces brigands lui cassa la tête d'un coup de pistolet. Cette tête fut aussi promenée dans Paris en triomphe, et ce triomphe fut applaudi. 11 en fut de même du meurtre des soldats invalides que l'on voyait égorger dans les rues, tant le délire de la fureur avait étouffé dans les âmes tout sentiment d'humanité !

« J'ai remarqué, ajoute mon témoin, en se ser-

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