LIVRE XVII
Paris, de nouveau travaillé par ses perfides agitateurs, désira que le roi vînt lui-même à THôtel-de-Ville dissiper ses fausses alarmes , et le roi s'y rendit (le 17 juillet 1789 ) sans autre garde que la milice bourgeoise de Versailles et de Paris, au milieu de deux cent mille hommes armés de faux , de pioches , de fusils et de lances , traînant des canons avec eux.
A l'arrivée du roi et sur son passage, toute acclamation en sa faveur était défendue; et si aux cris de vive la nation! quelques-uns ajoutaient vi'^'e le roi! des brigands appostés leur imposaient silence. Le roi s'en aperçut, et il dévora cette injure. Après avoir entendu à la barrière la harangue du maire Bailly, dans laquelle il lui disait que, si Henri IV avait conquis sa ville, cette ville à son tour venait de conquérir son roi, il reçut à l'Hôtel-de-Ville la cocarde républicaine; il la reçut sans répugnance; et comme sa réconciliation avec son peuple était sincère , il lui montra tant de candeur et de bonté, qu'enfin tous les coeurs en furent émus. Les félicitations des orateurs portèrent l'émotion jusqu'à l'enthousiasme; et lorsque Lally-Tolendal prit la parole, ce ne furent plus que des élans de sensibilité et des transports d'amour.
« Eh bien! citoyens, leur dit-il, étes-vous satisfaits? Le voilà ce roi que vous demandiez à grands cris, et dont le nom seul excitait vos transports, lorsqu'il y a deux jours nous le proférions au
Mémoires. II. "^^
milieu de vous. Jouissez de sa présence et de ses bienfaits. Voilà celui qui vous a rendu vos assemblées nationales, et qui veut les perpétuer. Yoilà celui qui a voulu établir vos libertés, vos propriétés sur des bases inébranlables. Voilà celui qui vous a offert, pour ainsi dire, d'entrer avec lui en partage de son autorité, ne se réservant que celle qui lui était nécessaire pour votre bonheur, celle qui doit à jamais lui appartenir, et que vous-mêmes devez le conjurer de ne jamais perdre. Ah! qu'il recueille enfin des consolations; que son cœur noble et pur emporte d'ici la paix dont il est si digne; et puisque, surpassant les vertus de ses prédécesseurs, il a voulu placer sa puissance et sa grandeur dans votre amour, n'être obéi que par l'amour, n'être gardé que par l'amour, ne soyons ni moins sensibles ni moins généreux que notre roi; et prouvons -lui que même sa puissance, que même sa grandeur, oui plus gagné mille fois qu'elles n'ont sacrifié.
« Et vous, sire, permettez à un sujet qui n'est ni plus fidèle ni plus dévoué que tous ceux qui vous environnent, mais qui Test autant qu'aucun de ceux qui vous obéissent, permettez- lui d'élever sa voix vers vous, et de vous dire : le voilà ce peuple qui vous idolâtre, ce peuple qufe" votre seule présence enivre , et dont les sentiments pour votre personne sacrée ne peuvent jamais être l'objet d'un doute. Regardez , sire , consolez-vous en regardant tous les citoyens de