LIVRE XVII
votre capitale; voyez leurs yeux, écoutez leurs voix, pénétrez dans leurs cœurs qui volent audevant de vous. Il n'est pas ici un seul homme qui ne soit prêt à verser pour vous, pour votre autorité légitime, jusqu'à la dernière goutte de son sang. Non , sire , cette génération française n'est pas assez malheureuse pour qu'il lui ait été réservé de démentir quatorze siècles de fidélité. Nous périrons tous, s'il le faut, pour défendre un trône qui nous est aussi sacré qu'à vous et à l'auguste famille que nous y avons placée il y a huit cents ans. Croyez, sire, croyez que nous n'avons jamais porté à votre cœur une atteinte douloureuse qu'elle n'ait déchiré le nôtre; qu'au milieu des calamités publiques, c'en est une de vous affliger, même par une plainte qui vous avertit, qui vous implore et qui ne vous accuse jamais. Enfin, tous les chagrins vont disparaître, tous les troubles vont s'appaiser. Un seul mot de votre bouche a tout calmé. Notre vertueux roi a rappelé ses vertueux conseils; périssent les ennemis publics qui voudraient encore semer la division entre la nation et son chef Roi, sujets, citoyens, confondons nos cœurs, nos vœux, nos efforts, et déployons aux yeux de l'univers le spectacle magnifique d'une de ses plus belles nations , libre , heureuse , triomphante sous un roi juste, chéri, révéré, qui, ne devant plus rien à la force, devra tout à ses vertus et à notre amour. »
Tolendal fut vingt fois interrompu par des cris de vive le roi! Le peuple était ravi d'être rendu à ses sentiments naturels; le roi les partageait , et son émotion les lui exprimait plus vivement que n'eût fait l'éloquence. Mais si ces sentiments avaient été durables entre son peuple et lui, il aurait été trop puissant au gré des factieux qui voulaient le réduire à n'être plus qu'un fantôme de roi.