‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 137 sur 162 · LIVRE X V 1 1 r · texte numérisé non relu

LIVRE X V 1 1 r

« Arrête en outre que le présent arrêté sera lu au prône de toutes les paroisses , publié à son de trompe dans toutes les rues et carrefours, et envoyé à toutes les municipalités du royaume, et les applaudissements qu'il obtiendra distingueront les bons Français. »

C'était le salut de l'Etat, mais la ruine de projets qui ne pouvaient réussir que par le trouble et la terreur.

« Dès la nuit même de ce jour mémorable, poursuit Necker, tout fut changé. Les chefs de la démocratie avaient d'autres pensées. Nuls ne voulaient encore de bonté , ni d'oubli , ni d'amnistie; ils avaient besoin de toutes les passions du peuple; ils avaient besoin sur-tout de ses défiances ; et ils ne voulaient non plus, à aucun prix, qu'un grand événement important pût être rapporté à mes vœux et à mon influence. On assembla donc les districts, et l'on sut les animer contre une déclaration que leurs représentants, que les anciens électeurs nommés par eux , qu'une assemblée générale de l'Hôtel- de -Ville avait adoptée d'une voix unanime, et que le premier vœu du peuple avait ratifiée. L'assemblée nationale était mon espérance dans cette malheureuse contrariété; mais elle accueillit l'opinion des districts; et je vis renverser de fond en comble l'édifice de mon bonheur. A quoi cependant ce bonheur s'était-il attaché? A retenir au milieu de nous ceux qui, par leurs richesses et par leurs dépenses.

entretenaient le trav;iil et encourageaient Tindustrie; à voir les idées de persécution remplacées par un sentiment de confiance et de magnanimité; à prévenir cette exaspération, suite inévitable des craintes et des alarmes cpie Ton dédaigne de calmer ; à préserver la nation française de ces effrayants tribunaux d'inquisition désignés sous le nom de comités des recherches ; à rendre enfin la liberté plus aimable, en lui doiuiant ini air moins farouche , et en montrant comme elle peut s'allier aux sentiments de douceur, d'indulgence et de bonté, le plus bel ornement de la nature humaine et son premier besoin. Ah! combien de malheurs n'auraient pas été prévenus, si la délibération prise à l'Hôtel -de -Ville n'avait pas été détruite, si le premier vœu du peuple, si ce saint mouvement n'avait pas été méprisé ! »

Lorsque Necker parlait ainsi , il était loin de prévoir quels attentats, quelles atrocités mettraient le comble aux forfaits passés.

Mais dès-lors il devait sentir combien lui-même il serait déplacé et misérablement inutile parmi des hommes dédaigneux de tous principes de morale, et de tous sentiments de justice et d'humanité.

C'était en exerçant le plus violent despotisme qu'on avait fait annuler l'arrêté de l'Hôtel -de- Yille; et ce que Necker a passé sous silence, cet autre témoin que personne n'a osé démentir. T(jlendal la dit hautement.

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