LIVRE V V I
\\ trouvait les chemins couverts de Français que les événements de Paris , que les assassinats commis près de l'Hôtel-de -Ville avaient glacés d'horreur et d'effroi, et qui s'en allaient chercher une autre contrée. Instruit de ces scènes sanglantes, dès-lors son vœu le plus ardent avait été de détourner le peuple de Paris de ses aveugles barbaries, de le ramener à des sentiments d'humanité, et de lui faire effacer la tache que ses criminelles vio' lences imprimaient au caractère de la nation. Je parle ici d'après lui-même; et quelques erreurs, quelques fautes, quelques torts qu'on lui attribue, personne au moins ici ne doutera de sa sincérité. Dans cette confiance, je lui cède la parole pour un récit qui, sans être moins vrai, en sera plus intéressant.
« Heureuse et grande journée pour moi ( le 28 juillet 1789), nous a-t-il dit, belle et mémorable époque de ma vie, où, après avoir reçu les plus ((juchantes marques d'affection de la part d'un peuple immense, j'obtins de ses nombreux députés rassemblés à l'Hôtel-de- Ville , et de luimême ensuite , avec des cris de joie , non-seulement l'entière liberté du prisonnier que j'avais défendu ( le baron de Bezenval ), mais une amnistie générale , un oubli complet des motifs de plainte et de défiance, une généreuse renonciation aux sentiments de haine et de vengeance dont on était si fort animé, enfin une sorte de paix et de réunion avec ce grand nombre de citoyens.
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qui, les uns avaient déjà fui de leur pays, les autres étaient prêts à s'en éloigner. Cette honorable détermination fut le prix de mes larmes : je l'avais demandée au nom de Tintérèt que j'inspirais dans ce moment : je l'avais demandée comme une reconnaissance de mon dernier sacrifice ; je l'avais demandée comme la seule et unique récompense à laquelle je voulais jamais prétendre. Je me prosternai, je m'humiliai de toutes les manières pour réussir. Je fis agir enfin toutes les puissances de mon ame, et, secondé de l'éloquence d'un citoyen généreux et sensible ( Clermont-Tonnerre), j'obtins l'objet de mes vœux; et cette première faveur me fut accordée d'une voix unanime , et avec tous les élans d'enthousiasme et de bonté qui pouvaient me la rendre plus chère. »
Voici quelle fut la délibération de l'assemblée générale des électeurs à l'Hotel-de-X ille, le même jour 3r juUlet. « Sur le discours vrai, sublime et attendrissant de M. INecker, rassemblée des électeurs, pénétrée des sentiments de justice et d'humanité qu'il respire, a arrêté que le jour que ce ministre si cher, si nécessaire, a été rendu à la France, devait être ini jour de fête. En conséquence elle déclare , au nom des habitants de cette capitale , certaine de n'être pas désavouée, qu'elle pardonne à tous ses ennemis, qu'elle proscrit tout acte de violence contraire au présent arrêté, et qu'elle regarde désormais comme les seuls enncmis.de la nation ceux qui troubleront par aucun excès la tranquillité publique.