LIVRE XIX
« niraieiit au plutôt à Cliâlons- sur -Marne. » L'événement prouva qu'il avait été bien prévu.
Le i*""^ prairial, des femmes du peuple ayant forcé les portes de la salle de l'assemblée, avec des cris et des insultes qui interrompirent les délibérations, à l'instant les hommes en foule y pénétrèrent avec elles, et la tète d'un des députés fut portée sur le bureau. C'en était fait si le peuple avait profité du moment d'épouvante qu'il avait répandue ; mais les révoltés s'amusant à s'emparer des sièges qu'on leur abandonnait, l'un d'eux, appelé Romme, eut l'imprudente vanité de s'asseoir sur le fauteuil du président, et de perdre le temps à y prononcer des décrets. Par ces décrets, il ordonnait l'arrestation des membres des comités du gouvernement , l'élargissemenl de tous les détenus depuis le 9 thermidor, le rappel de Barrère, de CoUot-d'Herbois et de Billaud de Varenne. Cette folle jactance d'autorité endormit la fureur du peuple; et, tandis qu'il donnait des lois, l'un des députés entre dans la salle à la tète de la force armée, chasse et disperse la multitude, et rend à l'assemblée le courage et la liberté.
Dès-lors le sang des terroristes recommença de couler à grands flots; et les moteurs de la sédition populaire furent exécutés en présence du peuple.
Ainsi, entre le despotisme et l'anarchie, la force armée était le seul arbitre, et les chefs du parti vaincu allaient périr sur Téchafaud.
Ce ne Ait qu'un spectacle pour ia saine partie de la nation , qui redoutait également ranaichie et le despolisnie.
On sentit enfin la nécessité de réirénérer la république, en changeant, non le fonds, mais la forme d'un gouvernement républicain de nom et réellement despotique, et en feignant de diviser les pouvoirs pour les balancer. Tel fut fobjet et fartifice de la nouvelle constitution. Dans ce simulacre de lois fondamentales, qu'une commis- .sion fut chargée de fabriquer, et qu'elle présenta le 5 messidor de l'an 111, deux conseils de législation et un directoire exécutif composaient le corps dépositaire de la puissance nationale.
Les deux conseils , l'un de cinq cents et l'autre de deux cent cinquante députés, choisis tous les ans à la pluralité des voix dans les assemblées électorales , étaient revêtus du pouvoir , l'un de proposer, et l'autre d'accepter, de sanctionner les lois ou de les refuser, comme étant le régulateur, le modérateur de celui qui en avait seul finitiative. Jusque-là l'intérêt public, si les choix étaient libres et assez éclairés, pouvait être en de bonnes mains; mais, à ces deux conseils, on ajouta un directoire exécutif, armé de la force publique, pour maintenir Tordre et les lois; et ce fut là que s'établit et se retrancha le despotisme le plus absolu et le plus tyrannique dont on ait jamais vu d'exemj)le.
Les cinq membres qui composaient le direc-