SUR LE LIBRE EXERCICE DES CULTES
Représentants du peuple,
O I la résolution qui nous est proposée n'était qu'un résultat du principe établi dans l'acte constitutionnel, rien ne serait plus équitable. En effet, que chacun soit libre d'exercer le culte qu'il aura choisi, en respectant l'ordre public et en se conformant aux lois, la règle est la même pour tous, et ne met à leur liberté qu'une condition égale et nécessaire; mais, par des lois prohibitives, restreindre ce principe de liberté, dégaiité, n'estce pas y porter atteinte ; et cette restriction estelle encore assez nécessaire pour être juste? C'est ici que s'engage le combat des opinions.
Je n'entre point dans cette lice avec les armes dfe l'éloquence : ce qu'elle a d'entraînant, la force, l'énergie , la véhémence , ne sont plus de luon
/p6 OPINION
Afi^c; mais à mon Age appartient encore le langage dn sentiment et celui de la vérité.
Pour réduire à ses termes les plus précis et les plus simples la question qui vous est soumise, je distinguerai, dans le culte, la pensée et l'action.
Dans le culte, la pensée est libre du ne liberté absolue, parce qu'elle appartient individuellement à l'homme, en relation avec Dieu seul.
Dans le culte, l'action n'est libre que d'une liberté conditionnelle et limitée , parce qu'elle appartient non -seulement à l'Iionmie, mais à Tordre social, à qui l'homme en répond.
Sous ce rapport, l'action morale, en général, est dépendante des lois humaines; mais jusqu'à quel point les lois humaines ont -elles droit de la restreindre? C'est là le point de la question; et je la trouve décidée article i des droits de riiomme. La liberté consiste , y est-il dit, à pouvoir faire ce qui ne nuit point aux droits (V autrui. Or, dans le pacte social, quels sont les droits d'autrui ? la liberté , la sûreté , la propriété de chacun , et la tranquillité de tous. Ce qui sous ces rapports est innocent doit donc être permis, et toute restriction mise à cette liberté de l'action est injuste.
Appliquons ce principe au libre exercice des cultes, et, à leur égard, voyons jusqu'où peuvent s'étendre les précautions de police, les mesurf& de sûreté.
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Je remarque d'abord que ces précautions portent \\n caractère d'inquiétude, de méfiance, de soupçon, peut-être même d'aversion secrète et de répugnance à permettre ce que Ton voudrait empêcher, mais ce que Ton n'ose défendre.
La politique traite avec la religion en rivale jalouse, et comme avec une ennemie qu'elle est forcée de ménager et qu'elle tache d'affaiblir; manège qui me semble indigne d'une législation souveraine et puissante , dont le caractère doit être la grandeur et la majesté.
J'observerai de plus que , dans nos lois prohibitives, ces dispositions hostiles ne sont pas toutes également relatives à tous les cultes, et qu'à parler sincèrement, elles n'en regardent qu'un seul.
Par exemple, à quel autre culte que le catholicisme s'adresse la prohibition des cérémonies extérieures? Le déisme philosophique n'a pas même des temples; c'est une pure contemplation, une adoration mentale, solitaire et silencieuse.
Le déisme oriental a des temples, des assemblées, des fêtes solennelles; mais ce n'est vraisemblablement ni de la religion de Confucius, ni de celle de INIahomet, ni même expressément de celle de Moïse, que nos lois se sont occupées.
Ce n'est pas le polythéisme, ce ne sont pas les fêtes de Cérès, de Cybèle, que l'on craint de voir célébrer.
Soyons de bonne foi ; ce n'est pas même le
christianisme en général que peuvent regarder nos lois prohibitives; c'est le catholicisme seul; car lui seul a des cérémonies et des signes hors de ses temples; lui seul oblige ses ministres à garder habituellement ini costume particulier. Aucune autre secte n'a rien de cet extérieur qu'interdisent nos lois.
L'apparence d'égalité que présente le vague d'une prohibition commune à tous les cultes n'est donc qu'une vaine formule; et, en réalité, l'interdiction des cérémonies et des signes extérieurs n'atteint que le catholicisme. C'est aussi le* catholicisme qu'on a supposé dangereux , lorsqu'on a cru devoir se préserver des entreprises des îJiinistres du culte, relativement à Vétat civil des citoyens, comme le dit expressément la loi du 7 vendémiaire (28 septembre ).
Qu'il me soit donc permis d'interroger cette politique ennemie du culte catholique, et de lui demander, non pas en zélateur, mais en législateur, sans partialité, sans aucune ostentation de mes sentiments personnels, quelles causes de suspicion, particulières à ce culte ou personnelles à ses ministres, ont doinié lieu à des précautions si scrupuleusement sévères?
Si le catholicisme, comme Tidolàtrie, avait pour rinblèmcb les passions, les vices et les crimes déifiés, sans doute il faudrait abolir ou du moins tenir enfermées ces licencieuses images.
Mais que j)euvent avoir de scandaleux et de
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nuisibles les symboles des plus modestes et des plus douces vertus? Que peuveut avoir d'alarmant ou pour les mœurs, ou pour les lois, des exemples d'humilité, de patience, d'indulgence, d'abnégation de soi-même, de bienfaisance universelle ?
Quel est, sur-tout, le signe qu'on veut défendre aux catholiques d'arborer dans leurs fêtes et dans leurs funérailles? Le signe de leur foi et de leurs espérances, leur gage d'immortalité, le signe de l'amour d'un Dieu , et de son dévouement pour le salut des hommes.
Ah! que ce signe mystérieux, l'objet de la vénération de tant d'hommes recommandables par leur génie et leurs lumières, soit regardé avec mépris par des hommes qui se prétendent plus éclairés, plus sages, c'est là ce que permet la liberté de la pensée; mais que ceux-là même nous disent quel mal peut faire au monde, sur le frontispice d'un temple , ou sur le cercueil d'un chrétien, ou sur la tombe d'un homme juste qui est mort victime des méchants, quel mal peut faire, dis-je, l'image de celui dont le dernier soupir demandait à son père le pardon de ses ennemis? Qu'a-t-il de dangereux ce symbole de paix dans un temps où l'esprit de conciliation, de concorde est si nécessaire? dans un temps où le seul espoir du repos, du salut public, n'est peut-être fondé que sur l'oubli des crimes et sur le pardon des injures?
4''jO OPINION
Serait-ce à vous sur-loiit, liommcs coupables que la clémence de nos lois laisse vivre, mallieurcux qui n'auriez de refuge que le néant, si la miséricorde était bannie du ciel et de la terre; serait-ce à vous de rebuter le culte d'un Dieu qui pardonne et qui enseigne à pardonner? Ah! souhaitez plutôt de le trouver par-tout ce culte miséricordieux; croyez-en un Uieu rédempteur, c est là votre seule espérance. Par quelle autre expiation appaiseriez-vous vos remords? et quelle autre victime laverait dans son sang le sang dont vous êtes couverts?
Croyance superstitieuse, disent les incrédules, en insultant au plus sublime exemple de la plus héroïque de toutes les vertus.
Eh bien ! que la croyance des Chrysostomes , des Ambroises, des Augustins, des Nentons, des Pascals, des Bossuets, soit, si Ton veut, une folie; car il ne s'agit point ici de controverse théologique, et ce n'est pas la vérité de ce culte que je défends; je parle de son innocence, et je demande quel est celui de ses symboles qu'il serait dangereux d'exposer au public, sur- tout après <]ue tant de siècles y ont accoutumé tous les yeux.
Ce serait là, dit-on, pour le catholicisme une distinction, cl la loi n'en veut point. Si, par dislinctioii, l'on n'entend qu'une (hfférence visible, on aura beau vouloir qu'il n'y en ait point entre les cultes, leurs temples seront ouverts, et les
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rites , les chants , les prières publiques , les feront assez reconnaître. Si, par distinction, Ton entend quelque prérogative, ce n'en sera pas inic pour le catholicisme ; car il sera permis également à tous les cultes d'avoir, comme lui, leurs symboles et leurs signes extérieurs. C'est une profession de foi visible et solennelle qu'il sera libre à chacun de faire, et qu'il ne sera libre à aucun tlinsulter. Le croissant , l'arche d'alliance , les tables de la loi, tout sera ostensible, et de l'égalité civile résultera l'ordre et la paix.
Mais les signes d'une croyance qu'on ne veut plus voir dominante la rendent plus sensible , plus puissante sur les esprits. Oui, c'est là le motif des lois coërcitives que l'on a cru devoir imposer au catholicisme. Ses solennités, ses offices, la pompe de ses fêtes, l'imposante célébration de ses mystères, jusqu'à ses processions rustiques, qui semblent rendre plus abondantes les bénédictions du Ciel, lorsque, dans les campagnes, la voix des laboureurs les appelle sur les moissons ; mais , plus que tout cela encore , les consolations que la religion apporte à la nature dans les accidents de la vie, aux malades et aux mourants dans les accès de la souffrance, dans les angoisses de la mort; tout cela, dis-je, a paru trop puissant sur les esprits et sur les âmes. Il en a été de ce culte comme d'un arbre dont on redoute l'ombrage spacieux, et dont les uns attaquent les racines, les autres brisent les r?imeaux;
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de même, on a travaillé à renvi, les uns à exlii- ])er la religion catholique, les autres à la dépouiller de tout ce qui semblait devoir contribuer à son accroissement ou étendre son influence; et il faut convenir que , dans le système pervers que l'on avait conçu, cette mesure était prudente. Le projet d'une politique destructive de toute morale ne pouvait être mieux raisonné, et nos dépravateurs ont été conséquents.
On savait bien que le catholicisme était la profession de toutes les maximes qu'on voulait nous faire abjurer, l'ami de toutes les vcitus qu'on Aoulait bannir ou proscrire, et l'ennemi de tous les vices qu'on voulait qu'engendrassent la licence et l'impiété.
On savait bien aussi que le catholicisme était de tous les cultes et le plus populaire et le plus attrayant pour cette classe d'hommes que l'on avait dessein de corrompre et de dépraver. Son avantage est de leur offrir des objets consolants pour eux, des amis qui, du haut du ciel, s'intéressent à leurs travaux , à leurs peines , à leurs disgrâces; un Dieu sur-tout, un Dieu, l'exemple et le modèle de ces humbles vertus dont le peuple a besoin dans sa condition pénible, et qui, lui-même, a tant souffert pour leur enseignera souffrir.
Tout cela, sans doute, répugne à des esprits superbes; mais le peuple n'a pas cet orgueil incrédule*: ce qui parle à son coeur captive aisé-
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ment sa raison. Un Dion, l'ami des malheureux, qui recueille leurs larmes, qui écoute leurs soupirs; un Dieu qui soutient leur courage* et qui exalte leurs espérances; un Dieu qui, après quelques moments d'afflictions et de souffrances, leur promet une gloire, une félicité sans fin : ce Dieu consolateur leur est trop nécessaire pour ne pas obtenir leur amour et leur foi, et le besoin d'y croire fera plus de chrétiens qu'une fausse philosophie ne fera jamais d'incrédules. C'est ce qu'ont bien compris ceux qui se sont fait un système de dénaturer tout un peiq^le; ils ne pouvaient chasser des coeurs l'humanité, tant qu'il y resterait quelques traces d'iuie religion compatissante et charitable : ils n'ont dressé leurs échafauds que sur les débris des autels.
Il ne faut donc pas s'étonner si des esprits qu'anime encore le feu trop mal éteint des mêmes passions qui nous ont été si funestes conservent, pour un culte qui comprime ces passions, une antipathie invincible; ils veulent trouver dans le peuple des complices qui leur ressemblent; ils se croiraient perdus, s'ils se voyaient par- tout environnés de gens de bien. La paix est leur fléau : la justice, l'humanité, dont la voix les poursuit, dont le nom les effraie, sont pour eux comme des furies. Depuis qu'ils ont évoqué l'enfer et l'ont déchaîné sur la terre, ils ont pris le Ciel en horreur; ou si, pressés par leurs remords, ils ont recours à la prière, l'espérance d'obtenir
grâce leur manque tout -à-coup; et, comme le Macbeth du poète anglais, ils sont forcés de dire : Je ne saurais prier.
Il est une autre classe d'hommes moins violents, plus laihlcs, qui, n'osant proposer de bannir le catholicisme, voudraient au moins le rendre invisible à leurs yeux. Tous les déserteurs de ce culte n'en sont pas aussi pleinement détachés qu'ils prétendent l'être; la rencontre de ces emblèmes religieux qu'ont révérés leurs pères les tourmente de souvenirs; il leur répugne de reconnaître, à leur costume modeste et simple, les ministres du cidte qu'ils ont abandonné. Ces cérémonies mystérieuses réveillent en eux je ne sais quel sentiment involontaire mêlé de respect et de honte; le son même, le son de l'airain dans les airs les rappelle comme transfuges, les accuse comme infidèles, et soit qu'il leur annonce des fêtes ou des funérailles, ce n'est jamais pour eux qu'un affligeant reproche ou qu'un présage menaçant.
Aussi a-t-on vu de tout temps que le catholique parjure à sa religion en est le plus cruel, le plus implacable ennemi; et l'on peut dire de lui ce que, dans Athalie , Joad dit de INIathan :
i'.c temple riniportune, et son impiété Voudrait anéantir le Dieu qu'il a quitté.
Mais enfin , selon les principes d'une bonne législation et d'une saiiïe politique, n'y a-t-il
point des raisons (Féquité, de prudence, de tenir tous les cultes dans un état d'égalité qui n'en laisse primer et dominer aucun? Rien de plus sage, peut -on dire, que le maintien de cette égalité; rien de plus juste qu'une police qui, d'un coté, réprime le fanatisme politique; qui, de l'autre, contienne le fanatisme religieux; qui même s'oppose aux progrès d'un trop ardent prosélytisme, et ne laisse à aucun des cultes le pouvoir d'en exclure ni d'en gêner aucun! Tel a été en dernier lieu l'esprit et le système des lois prohibitives , et en particulier la loi de vendémiaire (septembre). Je n'attaque point ce système; mais je pose en principe que cette égalité, que les lois ont droit d'établir, se borne à n'accorder à aucun des cultes permis ni privilège , ni préséance , ni prérogative quelconque, et ne consiste pas à réduire au niveau leurs avantages naturels; car, en fait de propriété, il en est des cultes comme des hommes; il n'est pas au pouvoir des lois d'empêcher qu'un homme excellent n'obtienne parmi ses semblables des prédilections personnelles , qu'il n'exerce sur eux la supériorité des lumières et des vertus, le pouvoir des bienfaits, l'ascendant du génie, l'attrait de la persuasion. De même il ne doit pas être au pouvoir des lois d'interdire à un culte son empire sur la pensée, et les moyens qu'il peut avoir d'attirer à soi les esprits, si ces moyens sont innocents. Le droit d'égaler tous les cultes n'est que le droit de n'en favoriser aucun.
Cependant, si l'un d'eux ne pouvait être pleinement libre sans être vraiment redoutable, ne serait -il pas d'une bonne et sage politique d'en prévoir les dangers et de les prévenir? Je consens, j'applaudis à cette règle de prudence; mais j'observe que la plupart de nos lois révolutionnaires se sont autorisées de préventions vagues, d'inquiétudes ombrageuses, de sombres méfiances et de cliimériques frayeurs. Rien de plus facile que d'élever sur l'innocence même des nuages et des soupçons; rien de plus commun que d'affecter de craindre ce que l'on veut rendre odieux. Défendons -nous, législateurs, de toute opinion légèrement conçue ou malignement inspirée. Gardons-nous des impressions que laissent trop souvent aux amis de la vérité les rumeurs de la calomnie.
Tout est susceptible d'abus, et les ipeiileures cboses, et les cultes eux-mêmes. Mais les abus viennent des hommes, dont chacun répond de soi-même, et qui sont tous également sous la surveillance des lois.
Il s'agit donc ici de voir si l'esprit du catholicisme autorise ou condamne les maux dont on l'accuse, les crimes conmiis en son nom; s'il y induirait ses ministres, et si les passions qui arborent ses enseignes ne le trahissent pas lui- ^éme en affectant de le servir.
Je n'affaiblirai point les raisons que l'on croit avoir d'être en garde contre ce culte. Les voici
ces raisons, et dans toute leur force. La France a eu depuis Clovis une religion dominante, une t'glise exclusivement protégée et favorisée, successivement enrichie, décorée de dignités, et formant le premier des ordres de l'État. Or, nous dit-on, voyez quelle est dorénavant sa décadence et sa ruine! Dépouillée de sa splendeur, déchue de tous ses privilèges et de toutes ses dignités, privée de toutes ses richesses, comment ne peuton pas la craindre après lui avoir tout ôté? Peutelle ne pas être l'ennemie irréconciliable d'une constitution qui ne permet pour elle aucune fondation , aucune dotation commune , et qui réduit ses prêtres à ne subsister que des dons d'une charité personnelle ? Peut - elle ne pas détester une révolution qui a profané, détruit ou ensanglanté ses autels, qui Ta chassée de ses temples, qui a fait proscrire, emprisonner, bannir, égorger ses ministres? Oui, tout cela, sans doute, est fait pour aigrir, pour exaspérer des esprits livrés aux mouvements des passions humaines; mais à ces mouvements s'oppose ici le frein d'une religion qui dompte la nature et qui commande le sacrifice de tous les intérêts et de tous les ressentiments; d'une religion qui, depuis sa naissance, et à l'exemple de son modèle, n'a respiré que l'humilité, la patience, la douceur, l'obéissance aux lois, la paix avec les hommes, la soumission la plus profonde aux décrets de la Providence, l'indulgence et l'amour envers ses
ennemis, la crainte même et le mépris des prospérités de la terre, et l'abandon de tous les biens de l'avarice et de l'orgueil; car tel est le catholicisme; tel a été son caractère, son caractère inaltérable depuis qu'un Dieu f je parle son langage), un Dieu patient jusqu à la mort a été son législateur.
Les temps sont changés, nous dit-on.
Oui, les temps sont changés; mais la religion ne l'est pas. A travers les persécutions, au milieu des prospérités, elle est restée incorruptible, et ses maximes sont les mêmes que du temps des Tertulliens.
Mais, si tel fut l'esprit de ses premiers disciples, a-t-il toujours été, celui de ses pontifes, de ses prêtres? L'est-il encore? Et si l'ambition, la haine, la vengeance, les ont tant de fois animés, qui nous répond qu'ils n'en soient pas susceptibles dans tous les temps?
Où en serions-nous, grand Dieu! si on raisonnait ainsi la politique sociale? Et que resterait-il aux hommes de leurs facultés naturelles, si les lois leur ôtaient l'usage de toutes celles dont quelquefois, dont souvent ils ont abusé? C'est d'après ce système de présomptions funestes que nous venons de voir les prisons comblées d'innocents , les échafauds chargés , surchargés de victimes; et l'on sait bien que de tout temps la tyrannie a eu pour maxim* de préférer le plus sur au plus juste, en enchaînant, en opprini;int
ce qu'elle soupçonnait de ne lui être pas asservi.
Mais cette police oppressive, cette police révolutionnaire est-elle encore la nôtre? « Oui, s'écrient les factieux, la révolution exige ces mesures; car elle n'est pas achevée. » Elle ne l'est pas à leur gré; et quand le sera-t-elle pour ceux qui ne trouvent jamais que tout soit assez renversé , pour ceux qui demandent encore des proscriptions et des massacres? elle ne l'est pas pour des brigands encore avides du pillage et encore altérés de sang; en un mot, elle ne l'est pas pour tout ce qui jouit de la calamité publique, et qui ne craint rien tant que de la voir cesser. Mais la révolution est finie, elle est consommée pour cette grande majorité de gens de bien qui n'ont voulu qu'une liberté' légitime , qu'un gouvernement équitable, sagement réglé dans sa forme et fondé sur de bonnes lois. Les bases sont posées, l'édifice s'élève; déjà trop affermi pour être renversé, il ne sera pas même ébranlé sur ses fondements.
Grâce à l'épreuve du malheur, grâce au retour de la raison dans les esprits , de l'humanité dans les âmes, la nation presque entière ne nous demande plus qu'une législation qui consacre ses droits ; et cette volonté publique , universelle , est, contre les factions, un rempart à l'abri duquel la liberté repose sous la garde des lois.
Or, dans les lois d'un peuple libre et généreux.
Mémoires. II. 2()
d'un peuple qui ne veut qu'être juste et paisible, la prévoyance est sage et n'est pas soupçonneuse; les précautions , la surveillance ne présument que des délits raisonnablement présumables; et, dans la balance des probabilités, dans le calcul incertain des possibles , ces lois ne confondent jamais le doute avec la certitude , et la réalité des faits avec les illusions et les fantômes de 1;j peur.
Sans donc remonter à des siècles dont les annales seraient des témoignages si constants et si glorieux pour les ministres de l'évangile, je demande quel a été de nos jours , au milieu dînons, sous nos yeux et aux plus cruelles épreuves, leur esprit et leur caractère. Est-ce dans les cacliots où ils étaient comme entassés, sans égard , sans compassion pour les vieillards, pour les infirmes? Est-ce au fond des navires, où, avec plus de barbarie encore, on les laissait périr en foule privés de la lumière, et réduits à ne respirer quides vapeurs impures et un air croupissant? Estce à Nantes, sur les bateaux qui les allaient engloutir dans la Loire? Est-ce à Marseille, où ils étaient traînés vivants et mutilés sur la claie au dernier supplice? Est-ce là, dis -je, qu'on les a vus irrités, indignés, respirant la vengeance, détestant leur patrie, au moins impatients de Tinhumanité que l'on exerçait envers eux?
Que dis-je? Où me conduit une si juste apologie? Ah! mes collègues, c'est avec répugnance
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que je parle du 2 septembre et des lieux à jamais funestes où périrent tant de martyrs. La vérité me force à vous les rappeler ces massacres abominables; mais mon dessein n^est pas de vous en retracer l'horreur. Loin de notre pensée les hideuses images de ces farouches meurtriers qui, l'œil en feu , la bouche écumante de raae , le glaive ou la hache à la main, attendaient leurs victimes et demandaient leur proie par des rugissements de tigres affamés. Passons en frémissant, et portons nos regards sur un spectacle digne de la terre et du ciel, sur cette multitude de vertueux proscrits, qui, tous rangés dans leur prison de Saint -Firmin, des Carmes, de Saint- Germain-des-Prés , recueillis en eux-mêmes, inclinés à genoux, les mains jointes, les yeux au ciel, imploraient la miséricorde de leur Dieu pour eux-mêmes, sa clémence pour leurs bourreaux. Dans un vaste et profond silence, chacun d'eux attend qu'on le nomme; on l'appelle, il se lève, il embrasse ses compagnons, se recommande à leur prière, et va mourir comme V agneau, sans pousser un murmure , une plainte , un soupir. Est-ce Icà cet esprit factieux et rebelle, cet esprit de vengeance et de haine perfide dont je les entends accuser?
Mais ceux qui leur survivent leur ressemblaientils? leur ressembleront-ils? Y.I qu'allons- nous besoin qu'ils aient tous le même héroïsme? Leur vertu sera- 1- elle encore mise à l'épreuve des
supplices? Sont-ils tous destinés à être des martyrs? Il y en aura de faibles, il y en aura de trop sensibles à la perte des biens dont ils seront dépouillés; il y en aura qui gémiront d'être tombés dans l'indigence. Et certes il serait trop dur de reprocber aux misérables le soulagement de la plainte! Mais s'ils ont conservé l'esprit de l'évangile, le malheur même ne les rendra ni vindicatifs, ni perfides, ni factieux, ni ennemis de l'ordre auquel la Providence les soumet. C'est là ce que j'affirme, et ce qu'on ne peut me nier. En entrant dans le sacerdoce, ils ont juré de suivre les maximes, l'exemple de leur divin législateur; et de quel droit peut - on les présumer capables d'une infidélité qui serait une apostasie ? de quel droit pense-t-on qu'ils ne soient plus chrétiens?
Cependant veut-on s'assurer s'ils le sont dans le cœur? qu'on le demande à cette nation qui, jalouse de se montrer plus magnanime que la nôtre, les a si humainement accueillis, si généreusement secourus et respectés dans leur misère. Qu'on le demande en Italie à ces braves soldats français, qu'avec une piété si tendre ils ont servis et soulagés dans les hospices militaires; et qu'au moins on ajoute foi au témoignage du guerrier qui les en a si hautement loués.
Il n'est point de complot dont on ne les soupçonne, de crime et de malheur dont on ne les accuse; mais sans preuve et toujours en masse, sans jamais en nommer aucun. Quoi ! parmi tant
(le délateurs, pas un qui désigne un coupable? Ils sont suspects. Tel a été , même sous le règne du crime, la formule des délations, des accusatir)ns personnelles. Ils sont suspects! De quoi? d'incivisme , de royalisme? Ainsi ce n'est que leur pensée, leur sentiment que Ton soupçonne; et le soupçon lui-même n'ose aller au-delà. Quel triomphe pour l'innocence que de faire expirer la calomnie sur les lèvres des calomniateurs!
«Non sans doute, poursuivent les ennemis des M prêtres, ce n'est point en public, ce n'est point « dans la chaire qu'ils osent professer leur sédi- ^ tieuse doctrine. Ils ont un tribunal intime dont « le secret inviolable leur assure l'impunité ; et « c'est à l'oreille qu'ils prêchent le fanatisme pour <c les rois , la haine pour la république. »
Contre une accusation pareille, la défense semble impossible. En effet, où est la preuve que le confesseur ne fait pas, en secret, ce dont on l'accuse ? Non , il ne le fait pas ; cela même est prouvé, et prouvé jusqu'à l'évidence.
Le secret de la confession n'est impénétrable que d'un côté. Si le pénitent s'aperçoit que celui qui l'entend abuse de son ministère pour lui souffler l'esprit de révolte et de faction, il a droit de le dénoncer comme perfide et sacrilège. Comment donc est-il arrivé que, depuis la révolution, parmi tant de jeunes enthousiastes de maximes républicaines , parmi tant d'espions et tant de délateurs pour qui vous avez vu que rien n'était
inviolable; pour qui, ni ramitié, ni la reconnaissance, ni la nature même et les liens du sang, n'avaient rien de sacré, et tandis qu'on ne demandait que des prétextes pour dépouiller ^ pour exterminer les prêtres; comment, dis-jë, est-il arrivé qu'il ne se soit pas présenté un seul dénonciateur de ce genre de séduction ? Non , dans aucun des tribunaux de la tyrannie révolutionnaire on n'en a entendu parler. Et ce crime que l'imposture elle-même n'ose inventer, on veut que les lois le supposent! et contre la présomption d'un sacrilège aussi énorme, la seule garantie que l'on demande est une déclaration d'obéissance aux lois! Quel lien pour des hommes (pii seraient fourbes et impies jusqu'à démentir à l'oreille ce qu'ils auraient professé en public, ce qu'ils auraient recommandé en chaire! quel lien pour des hommes qui porteraient cette profonde hypocrisie jusqu'au pied des autels d'un Dieu de vérité!
Xon , il faut, à l'égard des jirétres, s'en tenir au principe, au principe sacré de ne jamais présumer le crime, et de croire l'homme innocent tant que rien n'autorise à le croire coupable ; ou , si l'on excepte les prêtres de cette grande règle d'équité naturelle, il faut tous les expatrier.
Mais à la preuve négative en faveur de leur ministère, il s'en joint une positive d'une pleine authenticité. Cette preuve est le témoignage éclafanl . solennel, unnnime des peuples, dont la voix
> élève et retentit de toutes parts. Tous vous redemandent leurs prêtres; et croyez, mes colléi^ues, qu'ils les connaissent bien! Ce ne sont pas des fourbes, des sacrilèges, des perfides, des faclieux, des perturbateurs, des conspirateurs qu'ils demandent. Ce sont des amis de la paix, ce sont d'équitables arbitres, de sages conciliateurs, de fidèles dépositaires de leurs peines les plus cachées; c'est enfin leur morale et leur religion qu'ils veulent retrouver en eux. Ils sentent vivement quelle dissolution , quelle corruption de mœurs, quelle impudence dans tous les vices, quelle audace dans tous les crimes qui peuvent échapper aux lois; quelles inimitiés, quelles dissensions dans l'intérieur des familles, quel funeste relâchement des liens même de la nature ont suivi le bannissement de ces pasteurs évangéliques. Ils sentent vivement combien ces guides, ces conseils , ces appuis leur sont nécessaires pour les instruire à être justes, pour leur aider à être bons au milieu même des méchants. Ils nous l'ont exprimé avec une candeur touchante. « O vous, nous ont -ils dit, que nous venons « d'élire pour être les organes de nos justes ré- « clamations , obtenez qu'on nous rende nos « églises, nos prêtres; obtenez qu'on nous rende « ceux qui nous apprennent à bien vivre, qui « nous apprennent à bien mourir;» et quand nous leur avons promis de répondre à leur confiance, des larmes ont été l'expression de leur joie, et
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ils nous onl comblés de bénédictions. Ce sont là des témoins véridiques, irréprochables; ils ne raisonnent pas, ils sentent leurs besoins et leurs inlércts.
Croyez, législateurs, qu'ils sentiraient de même combien serait injurieuse pour l'esprit de leur cidte et pour les mœurs de ses ministres la méfiance d'une loi qui les aurait environnés de gênantes précautions.
Au conseil des cinq-cents, l'avis a prévalu d'interdire au catholicisme les cérémonies , le costume , tous les signes extérieurs. Mais des lois dont le peuple ne sent pas la raison sont pour lui de mauvaises lois. Or quelles raisons, par exemple, peut-on donner aux peuples des campagnes de la suppression des cloches? quel signal aussi éclatant les appellera d'aussi loin aux offices de leurs églises? et de quel ridicule peut être susceptible ce moyen de les rassembler? Leurs cloches leur sont précieuses par besoin et par habitude; leur oreille y est accoutumée; des sentiments religieux y sont attachés dès l'enfance; et c'est pour eux, n'en doutez pas, un malheur d'en être privés. Or comment, sur ce point, nous accorder avec nous-mêmes? comment concilier une privation si gratuitement affligeante avec l'intention de Aiiic aimer nos lois?
Mais le son d'une cloche peut être le signal d'une sédition.... Ah! les séditions manqueronlelles de signaux? Disons plutôt que ce bruit sa-
îutaire peut être un signal de détresse, comme il Test daos les incendies; qu'il peut annoncer à l'entour les incursions du brigandage, et dans un danger imminent, la nuit, aux heures du sommeil, appeler au secours d'un village attaqué les villages circonvoisins. Ce n'est donc pas un intérêt aussi puéril qu'on a voulu le faire entendre, que celui que des hommes instruits par le malheur attachent à la possession d'une sauvegarde publique, dans l'instrument le plus sonore que le génie des arts ait jamais inventé.
Les peuples ne trouveront pas moins gratuite et moins arbitraire l'interdiction du costume des prêtres. Ils savent bien que ce n'est pas seulement à l'autel que leur pasteur doit être revêtu d'un caractère vénérable ; ils savent bien qu'il est de la décence et de la dignité d'un ministre du culte qu'un vêtement simple, modeste, mais remarquable , l'avertisse des bienséances de son état et du respect qu'il se doit à lui-même.
Mais la loi, dit-on, ne veut voir en lui qu'un citoyen : et que fait à la loi la couleur ou la forme de l'habit dont il est vêtu? est-ce une distinction, une exception pour elle ?
Si l'on se méfiait des prêtres , c'eût été , au contraire, une mesure de sûreté que d'exiger qu'ils fussent signalés par leur vêtement. Quel a donc été le motif de l'interdiction du costume qui les distingue? serait-ce l'espérance que, mêlés dans la foule des hommes corrompus, il leur serait plus
libie (l'en contracter les mœurs, et de dégrader à- la-fois leur personne et leur ministère ? Je ne vois, je l'avoue, dans ces lois arbitraires, que des marques d'aversion pour la religion catholique : et plus j'y pense , moins je conçois quelle en peut être la raison.
Le royalisme qu'on lui attribue, l'éloignement qu'on lui suppose pour le régime républicain est une imputation gratuite que dans toute l'Europe les faits ont démentie. L'ignorance hi plus grossière peut seule accréditer cette imputation; je ne daigne pas m'y arrêter.
La déférence ou , si l'on veut , l'obéissance des prêtres catholiques à l'autorité de l'église romaine, ne fut rien moins, dans le clergé de France, qu'une dépendance passive; l'ordre civil, depuis long-temps, en est distinct et séparé. Quant à l'indivisible unité de doctrine, elle appartient à la pensée, à laquelle nos lois laissent la liberté.
Mais cette unité de doctrine rend, dit-on, le catholicisme exclusif et intolérant. Oui , exclusif, dans la persuasion qu'en fait de dogme et de croyance la vérité est une, et que c'est lui qui la professe sans aucune altération, sans aucun mélange d'erreur; et de là son intolérance, c'està-dire un refus sévère d'associer à ses espérances quiconque n'aura pas sa foi. C'est ici le reproche le plus apparemment fondé qne l'on fasse au catholicisme ; je vais l'exposer tout entier pour le réfuter pleinement.
L'intolérance et le prosélytisme réunis dans lin même culte n'ont-ils pas dû le rendre à tous les autres cultes redoutable comme un fléau ? Quoi! nous dit -on, c'est peu que de se déclarer inconciliable avec eux ; il les attaque , il les poursuit, il les chasse de leur domaine, il leur enlève tous les jours quelques-uns de leurs sectateurs!
Je n'incidente point sur le nombre de ses conquêtes; mais ce sont les conquêtes de la persuasion , et celles-là sont sans reproches.
Je vais plus loin ; je veux qu'il soit possible et vraisemblable que le catholiscisme , sans aide et sans appui , seulement en vertu de sa bonté morale ou par des rapports naturels d'analogie avec l'esprit et le caractère des peuples , fasse tous les progrès qu'on en peut redouter. Je soutiens que cette puissance indéfinie, interminable, ne sera cpie l'effet très -innocent encore d'une liberté légitime et le simple exercice des droits de la pensée que doivent respecter les lois.
Il n'en est pas de même, je l'avoue, de cette intolérance tyrannique et persécutrice qu'un zèle outré, un fanatisme aveugle a exercée au nom «le la religion catholique, tandis qu'elle était dominante; je l'ai constamment attaqué, cet abus de la force pour commander à la pensée. Je l'ai combattu en présence des faux docteurs qui, déshonorant l'évangile , provoquaient en son nom la violence et la contrainte; je leur ai dit en face qutleurs cachots , leurs bûchers , leurs supplices ,
îGo OPINION
étaient abominables devant Dieu comme devant les hommes, et qu'ils plaçaient le tigre sur l'autel de l'agneau. Je ne fais donc que répéter ce que j'ai dit alors, que les guerres de religion et tous les lortaits qu'un zèle absurde ou qu'une politique impie ont fait commettre au nom d'un Dieu de paix, de miséricorde et d'amour, ont été les crimes des hommes , les erreurs, les fautes des rois. Et non -seulement l'évangile, mais tous ceux qui l'onl professé dans sa pureté primitive et dans son véritable esprit ont désavoué ces forfaits. Nos armes , ont-il dit, ne sont ni le fer ni le feu; notre religion n'a de force que celle de la persuasion : la douceur et la miséricorde en sont les caractères; c'est à la honte de ses fruits qu'on la doit reconnaître ; c'est en mourant pour elle que l'on doit la dîfendre , et non pas en donnant la mort. Si Von emploie à sa défense les gènes , les tourments , le mal enfin , elle ne sera plus défendue ; elle sera souillée et honteusement profanée. Tel a été , dans les temps , le langage et l'esprit de ses véritables disciples; le reste n'a été que le délire des passions humaines, trop souvent exaltées par l'orgueil du pouvoir, par l'ambition de dominer et de subjuguer les esprits; et si, sous des monarques faibles et faciles à égarer, ces abus, ces excès ont été redoutables, ils ne le seront plus sous un gouvernement où la liberté de penser est au nombre des droits de l'homme, inviolablement maintenus par les lois.
Citoyens collègues, donnons au caractère de ees lois la dignité qui lui convient.
La méfiance, l'inquiétude, les précautions timides appartiennent à la faiblesse : il faut y compatir et les lui pardonner. L'assurance, la fermeté , une noble franchise , une indulgence généreuse appartiennent à la puissance; il est indigne d'elle de s'environner de soupçons.
C'est dire assez, représentants du peuple, que j'aurais de la répugnance à voter pour la déclaration que l'on demande aux ministres des cultes , d'être soumis au gouvernement de la république, non que je ne regarde cette soumission comme un devoir indispensable, et auquel, sans scrupule , tout bon prêtre peut s'engager.
Mais si les citoyens sont tous égaux devant la loi, pourquoi la loi n'est -elle pas elle-même égale envers tous , et sans restriction comme sans exception à l'égard des uns et des autres.
Les prêtres sont admis, dit-on, à des fonctions qui demandent une garantie spéciale. Mais on a fait voir avant moi combien la garantie d'une déclaration est inutile de la part des bons prêtres, et combien elle serait faible et illusoire de la part des méchants. C'est à Dieu même qu'ils ont promis fidélité aux lois sous lesquels ils vivent. Ou ils garderont ce serment, ou ils n'en garderaient aucun. Et à qui n'est-on point parjure , lorsqu'on est parjure à son Dieu?
Pourquoi donc refuser de promettre à la loi
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ce qu on a promis à Dieu même ? Ah \ pourquoi '. parce que Ton craint que la loi, sous le terme vagfue et confus de soumission , ne renferme tacitement que!([ue chose de plus que ce qu'on peut proniellre. Ce sont là de fausses alarmes, je le sais; mais, législateurs, les scrupules sont naturels à des âmes dont l'innocence , la piété craint de faillir, dès que la lumière lui manque. Vertueuse délicatesse, qu'il est généreux, qu'il est juste, qu'il est humain de ménager!
Enfin, après de longs malheurs et des persécutions cruelles , il est permis à celui dont les craintes ne sont pas encore dissipées de regarder autour de lui; et si, dans les conditions qui lui sont imposées, il croit apercevoir encore quelque signe de malveillance, il s'inquiète, il a besoin qu'on le rassure.
Oui, mes collègues, rassurons des esprits encore troublés par des orages , encore étonnés de la foudre qu'ils ont vue tomber autour d'eux Ils redoutent des pièges; montrons -leur qu'il n'v a point de pièges dans nos lois. Ils sont humiliés, affligés de nos méfiances; prévenons leur fidélité par une estime noble et sincère. Fatigués d'infortunes et de calamités , ils ne demandent (pie du repos, mais ils le veulent innocent ; n'y laissons rien à craindre à des consciences timides. Non, ce n'est point avec des coeurs imbus et pénétrés de la morale la plus pure que peuvent être pcnhis les fruits de l'indulgence et de la bonté
SUR LES CULTESu 4^^
Je vote à ce qu'on laisse aux cultes toute la liberté qui leur est accordée par l'acte constitutionnel, sans demander à leurs ministres d'autres garants de leur fidélité que leur religion , leur eonscience et leur Dieu.