‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 24 sur 162 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

;!vec madame de Séran ; hormis quelques moments d'humeur jalouse sur TintuTiité des deux femmes, il fut assez aimable entre elles. A mon égard, il était si content de m'avoir pour médiateur, qu'd m'offrit, en pur don, pour ma vie, auprès de Ménars, une jolie maison de campagne. Un petit bosquet, un jardin, un ruisseau de l'eau la plus pure, une retraite délicieuse située au bord de la Loire, rien de plus séduisant; mais ce don était une chaîne, et je n'en voulais point porter.

A mon retour, ce fut à Maisons que je me rendis. Cette retraite avait pour moi des charmes; j'aimais tout ce qui l'habitait, et je me flattais d'y être aimé. Je n'aurais pas été plus libre et plus à mon aise chez moi. Lorsque quelqu'un de mes amis voulait me voir, il venait à Maisons, et il y était bien reçu. Le comte de Creutz était celui qui s'y plaisait le plus et qu'on y goûtait davantage, parce qu'avec les qualités les plus rares du côté de l'esprit, il était simple et bon.

Un bosquet, près d'Alfort, était le lieu de repos de nos promenades. Là, son ame se dilatait et se déployait avec moi. Les sentiments dont il était rempli , les tableaux que l'observation et l'étude de la nature avaient tracés dans sa mémoire, et dont son imagination était comme une riche et vaste galerie; les hautes pensées que la méditation lui avait fait concevoir et que son esprit répandait dans le mien avec abondance ,

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soit qu'il parlât de politique ou de morale, de;? hommes ou des choses, des sciences ou des arts, me tenaient des heures entières attentif et comme enchanté. Sa patrie et son roi, la Suéde et Gustave, objets de son idolâtrie, étaient les deux sujets dont il m'entretenait le plus éloquemment et avec le plus de délices. L'enthousiasme avec lequel il m'en faisait l'éloge s'enij)arait si bien de mes esprits et de mes sens, que, volontiers, je l'aurais suivi au-delà de la mer Baltique.

L'un de ses goûts les plus passionnés était l'amour de la musique , et la bienfaisance était lame de toutes ses autres vertus.

Un jour il ^dnt me conjurer, au nom de notre amitié, de tendre la main à un jeune homme qui était, disait- il, au désespoir et sur le point de se noyer, si je ne le sauvais. « C'est un musicien, ajouta-t-il, plein de talent, et qui ne demande qu'un joli opéra -comique pour faire fortune à Paris. Il vient d'Italie; il a fait à Genève quelques essais. Il arrivait avec un opéra fait sur l'un de vos contes ( les Mariages Samnites ) ; les directeurs de l'Opéra l'ont entendu, et ils l'ont refusé. Ce malheureux jeune homme est sans ressource; je lui ai avancé quelques louis ; je ne puis faire plus; et, pour dernière grâce, il m'a prié de le recommander à vous. »

.lus({ue-là je n'avais rien lait (jui approchât de ridée que je croyais avoir conclue d'un poème français analogue à la musique italienne ; je n<-

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