‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 35 sur 162 · LIVRE IX. loi · texte numérisé non relu

LIVRE IX. loi

ble. Yoilà les gens qui tâchent d'aliéner de nous l'esprit du maréchal, pour l'avoir à leur tête, et nous nuire par son crédit. Quelle gloire pour lui que de servir ces haines et ces petites vanités! Vous vovez ce qui lui en arrive. Il obtient que le roi refuse d'approuver l'élection de deux hommes irréprochables. L'Académie réclame contre ce refus, et le roi détrompé consent qu'aux deux premières places qui viendront à vaquer, ces mêmes hommes soient élus. C'est donc ce qu'on appelle un coup d'épée dans l'eau. Non , madame , le véritable parti d'un Richelieu à l'Académie, le seul digne de monsieur le maréchal, c'est le parti des gens de lettres. «

Elle trouva que j'avais raison ; et , quelques jours après, le maréchal étant venu diner à la même canijn^^ne, son amie voulut qu'il causât avec moi. Je «lui répétai à peu près les mêmes choses, quoiqu'en termes plus doux; et, à l'égard de d'Alembert : « Monsieur le maréchal , lui dis -je, d'Alembert vous croit l'ennemi des gens de lettres, et l'ami de Séguier, leur dénonciateur; voilà pourquoi il ne vous aime pas; mais d'Alembert est un bon homme , et jamais le sentiment de la haine n'a pris racine dans son cœur. Il a épousé l'Académie. Aimez sa femme comme vous en aimez tant d'autres , et venez la voir quelquefois; il vous en saura gré, et vous recevra bien, comme font tant d'autres maris. »

Le maréchal fut content de moi; et, lorsqu'à

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la place de l'abbé Delille et de Siiartl , refusés par le roi, il falliil élire deux autres académiciens, je fus invité à dîner chez lui le jour de Télection. Ace dîner, je trouvai Séguier, Paulmi, Bissy, l'évèque de Senlis. Leur parti n'était pas nombreux; et, quand il aurait eu quelques voix clandestines, le notre était formé et lié de façon à être sur de prévaloir. Je ne fis donc pas semblant de croire que nous fussions là pour parler d'élections académiques; et, comme à un dîner de joie et de plaisir, amenant dès la soupe les propos qui riaient le plus au maréchal, je le mis en train de causer de rancienne galanterie, des jolies femmes de son temps, des mœurs de la régence, que sais-je enfm? du théâtre, et sur-tout des actrices; si bien que le diner se passa sans qu'il y fût dit un seul mot de Tx^cadémie. Ce ne fut qu'au sortir de table que l'évéc^ie de Senlis, me tirant à l'écart, me demanda quel choix nous allions faire. Je répondis loyalement que je croyais tous les vœux réunis en faveur de Bréquigny et de Beauzée. Le maréchal , qui était venu nous joindre, se fit expliquer le mérite littéraire de ces messieurs; et, après in'avoir entendu : « Eh bien, dit- il, voilà deux hommes estimables; il faut nous réunir pour eux. — Puisque telle est votre intention, lui dis-je, nionsieur le maréchal, voulez vous permettre que j'aille en instruire l'Académie? Ce sont des paroles de paix qu'elle entendra avec plaisir. — Allez, me dit-il, et prenez

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