LIVRE IX. Io
dans la cour l'un de mes carrosses; nous vous suivrons de près. »
c( Mon ami, dis-je à d'Alembert, ils viennent se réunir à nous ; le maréchal vous fait les avances de bonne grâce; il faut le recevoir de même. » En effet, il fut bien reçu; l'élection fut unanime; et, depuis ce jour -là jusques à sa mort, il eut pour moi mille bontés. Ainsi ses portefeuilles furent à ma disposition.
J'avais en même temps, pour les affaires de la régence, le manuscrit original des mémoires de Saint-Simon, que Ton m'avait permis de tirer du dépôt des affaires étrangères, et dont je fis d'amples extraits; mais ces extraits et le dépouillement des dépêches et des mémoires qui me venaient en foule, auraient été bientôt aussi ennuyeux que fatigants pour moi, si je n'avais pas eu, par intervalle , quelque occupation littéraire moins pénible et plus de mon goût. L'entreprise d'un supplément de V Encyclopédie , en quatre volumes in-folio, me procura ce délassement.
Il faut savoir qu'après la publication du septième volume de V Encyclopédie , la suite ayant été interrompue par un arrêt du parlement, on n'y avait travaillé qu'en silence et entre un petit nombre de coopérateurs dont je n'étais pas. Un laborieux compilateur, le chevalier de Jaucour, s'était chargé de la partie littéraire, et l'avait travaillée à sa manière, qui n'était pas la mienne. Lors donc qu'à force de constance et de sollici-
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talions. Ton ()l>liiit ([iH> la totalité de loiivrage fût mise au jour, et que le projet du supplément eût été formé, Vun des intéressés. Robinet, vint me voir, et me proposa de reprendre ma besogne où je l'avais laissée, cr Vous n'avez, me dit-il, commencé qu'au troisième volume ; vous avez cessé au septième; tout le reste est d'une autre msiin. Pendent opéra interrupta. Nous venons vous prier d'achever votre ouvrage. »
Comme j'étais occupé de l'histoire, je répondis c( qu'il m'était impossible de m'engager dans im autre travail. — Au moins, me dit-il, laissez-nous annoncer que, dans ce supplément, vous donnerez quelques articles. — Je le ferai, lui dis-je, si j'en ai le loisir; c'est tout ce que je puis promettre. » Quelque temps après il revint à la charge, et avec lui le libraire Panckouke. Ils me dirent que, pour mettre en règle les comptes de leur entreprise, il leur fallait savoir quelle serait, pour les gens de lettres, la rétribution du travail, et qu'ils venaient savoir ce que je voulais pour le mien. « Que puis-je demander, leur disje, moi qui ne promets rien, qui ne m'engage à rien? — Vous ferez pour nous ce qu'il vous plaira, me dit Panckouke; promettez seulement de nous donner quelques articles, et qu'il nous soit permis d'insérer cette promesse dans notre prospectus'^ nous vous donnerons pour cela quatre mille livres et un exemplaire du supplément. » Ils étaient bien siirs que je me piquerais de ré-