‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 42 sur 162 · LIVRE X. Iîi · texte numérisé non relu

LIVRE X. Iîi

celle des purs esprits. Le dirai-je ? il me semble que je connus alors pour la première fois le vrai sentiment de l'amour.

Jusque-là , le plaisir des sens avait été le seul attrait qui m'eût conduit. Ici je me sentis enlevé hors de moi par de plus invincibles charmes; c'étaient la candeur , l'innocence , la douce sensibilité, la chaste et timide pudeur, une honnêteté dont le voile ornait la grâce et la beauté ; c'était la vertu couronnée des fleurs de la jeunesse , qui ravissait mon ame encore plus que mes yeux; sorte d'enchantement mille fois au-dessus de tous ceux des Armides que j'avais cru voir dans le monde.

Mon émotion était d'autant plus vive qu'elle

était retenue Je brûlais d'en faire l'aveu ; mais

à qui l'adresser ? et comment serait - il reçu ? La bonne mère y donna lieu. Dans l'allée où nous nous promenions , elle était à deux pas de nous avec son frère. « Il faut , me dit-elle en souriant , que j'aie bien de la confiance en vous , pour vous laisser ainsi causer avec ma fille , tète-à-téte. — Madame , lui dis-je , il est juste que je réponde à cette confiance , en vous disant de quoi nous nous entretenions. Mademoiselle me faisait la peinture du bonheur que vous goûtez à vivre ensemble tous les quatre en famille ; et moi , à qui cela faisait envie, j'allais vous demander si un cinquième, comme moi, par exemple, gâterait la société. — Je ne le crois pas, me répondit-

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