‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 44 sur 162 · LIVRE X. ïa-y · texte numérisé non relu

LIVRE X. ïa-y

bien nous laisser seuls quelques moments; et ces moments furent employés à nous bien assurer l'un l'autre du désir de nous rendre mutuellement heureux. Cette première effusion de deux cœurs que la bonne foi d'un côté, l'innocence de l'autre, et des deux côtés l'amitié la plus tendre unissent à jamais , est peut-être l'instant le plus délicieux de la vie.

Le dîner, après la toilette, fut animé d'une gaîté du bon vieux temps. Les convives étaient d'Alembert, Chastellux, Thomas, Saint-Lambert, un cousin de MM. Morellet , et quelques autres amis communs. Tous étaient occupés de la nouvelle épouse; et, comme moi, ils en étaient si charmés, si joyeux, qu'à les voir on eût dit que chacun en était l'époux.

Au sortir de table, on passa dans un salon en galerie, dont la riche bibliothèque de l'abbé Morellet formait la décoration. Là , un clavecin , des pupitres, annonçaient bien «de la musique; mais quelle musique nouvelle et ravissante on allait entendre! L'opéra de Roland, le premier opéra français qui eût été mis en musique italienne, et pour l'exécuter, les plus belles voix et l'élite de l'orchestre de l'Opéra.

L'émotion qu'excita cette nouveauté eut tout le charme de la surprise. Piccini était au clavecin; il animait l'orchestre et les acteurs du feu de son génie et de son ame. L'ambassadeur de Suède et l'ambassadeur de Naples assistèrent à

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