LIVRE XII. iy
positif. Cependant il est certain qu'on avait offert la place à M. de la Millière : la reine l'avait fait venir; le roi s'était trouvé chez elle à l'heure qu'elle lui avait donnée ; et tous les deux le pressèrent fort d'accepter; mais il eut assez de bon sens pour ne pas céder à leurs instances. M. de Fourqueux fit d'abord assez de difficulté ; mais enfin il se détermina. A peine fut -il en place, que fopinion modeste qu'il avait de lui-même ne fut que trop bien confirmée.
« Cependant les affaires étaient dans un état de stagnation absolue, ajoute M. de Montmorin; le crédit achevait de se détruire de jour en jour; les moyens factices et dispendieux que M. de Calonne avait employés pour soutenir la bourse venant à manquer tout-à-coup , produisaient une baisse journalière et considérable dans les effets; •le trésor royal était vide ; on voyait comme trèsprochaine la suspension des paiements , on n'imaginait d'autre ressource qu'un emprunt, et il était impossible de le tenter dans un moment de détresse aussi désespérant. L'humeur gagnait dans l'assemblée des notables , l'esprit en devenait mauvais, et déjà on commençait à y murmurer les états-généraux. Dans ces circonstances , il était nécessaire d'avoir un homme qui dominât l'opinion. M. de Lamoignon et moi nous nous communiquâmes nos idées, et nous convînmes que le seul homme sur qui l'on pût fonder quelque espérance était jM. IXecker; mais je lui parlai des
«)I)sl.iclcs que j'iivais (.Ic-ja houx «'■s dans l'cspiit du roi, et je lui annonçai que ces obstacles tlevieuclraient encore plus insurmontables par la présence du baron de Brcteuil. .Nous conférâmes avec celui-ci, essayant de le convertir, mais inutilement. Enfin, après une longue séance, nous nous décidâmes à monter chez le roi; et, lorsc|ue tous les trois nous iimies entrés en matière sur le changement qu'exigeait le ministère des finances, je parlai avec force de la nécessité de rappeler celui que demandait la voix publique. Le roi me répondit (^à la vérité avec Tair de la plus profonde douleur), eh bien} il ny a qu'à le rappeler. Mais alors le baron de Breteuil s'éleva, avec une extrême chaleur, contre cette résolution à moitié arrachée; il représenta Tinconséquence qu'il y aurait à rappeler, pour le mettre à la tète de Tadministration , un homme qui était à peine arrivé au lieu qu'on lui avait prescrit pour son exil : combien une pareille conduite aurait de faiblesse ; quelle force elle donnerait à celui qui, placé ainsi par l'opinion, n'en aurait i obligation qu'à elle et à lui-même. Il s'étendit longuement et fortement sur Tabus que M. Necker ne manquerait pas de faire d'une semblable position. Il peignit son caractère des couleurs les plus propres à faire impression sur ini roi naturellement jaloux de son autorité, et qui avait un pressentiment confus qu'on voulait la lui arracher, mais qui la croyait encore entière