‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 70 sur 162 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

Alors ce fut au roi que Necker se plaignit que, sans avoir voulu Tentendre, le contrôleur-général des finances se fût permis de l'accuser. « Sire, disait-il dans sa lettre, je serais l'homme du monde le plus digne de mépris, si une pareille inculpation avait le moindre fondement; je dois la repousser au péril de mon repos et de mon bonheur , et je viens supplier humblement votre majesté de vouloir bien permettre que je paraisse devant mon accusateur public, ou à l'assemblée des notables, ou dans le grand comité de cette assemblée, et toujours en présence de votre majesté. » Cette lettre fut sans réponse; mais Necker ne se crut pas obligé d'entendre ce silence du roi comme on voulait qu'il l'entendit. « Le roi , dit-il dans le mémoire qu'il publia , n'a pas juge à propos d'adhérer à ma demande; mais, pénétré de l'étendue de sa bonté et de sa justice , je me soumets avec confiance à l'obligation qui m'est imposée par l'honneur et la vérité. »

Dans ce mémoire, il convenait qu'en 1776 Clugny avait laissé dans les finances un vide de vingt-quatre millions; il convenait aussi que, depuis la mort de Clugny, en octobre 1776, jusqu'au mois de mai 1781 , époque où il s'était luimême retiré des finances , l'accroissement des charges avait monté à quarante - cinq millions ; mais en même temps il montrait comment il avait rempli ce vide , tant en économie qu'en bonifications dans les revenus de l'État. C'était

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à discuter et à réfuter ces calculs que les not.il)!(s prétendaient que Galonné était obligé; et il faut convenir que, trop légèrement, il s'y était engagé lui-même.

Aecker avait rendu ses calculs les plus clairs qu'il était possible; sa véracité reconnue y ajoutait encore un grand poids. Le livre qu'il venait de publier sur les finances avait fortifié sa réputation personnelle; ses mœurs, ses talents, ses lumières, avaient dans l'opinion publique une consistance d'estime qu'il n'aurait pas fallu essayer d'ébranler sans de forts et puis.sants moyens. Necker fut exilé pour avoir osé se défendre. Ce fut encore un tort que se donna Calonne; il fallait ou l'entendre avant de l'attaquer, ou trouver juste et bon qu'il eut repoussé son attaque. Il lui imputait son mauvais succès dans l'assemblée des notables; mais il devait savoir que, dans cette assemblée, un ennemi bien plus réel travaillait à le ruiner.

Le roi avait de la répugnance à se détacber de Calonne : il goûtait son travail, il était persuadé fie la bonté de ses projets; mais, prévoyant qu'ils seraient rebutés par le parlement comme ils l'étaient par les notables, il se fit violence, et il le renvoya. Il savait que Miroménil, le garde des sceaux, était l'ennemi de Calonne, et qu'il avait, de tout son pouvoir, contrarie ses opérations; il le congédia eu même temps que lui, comme en ](' lui sacrifiant ; Calonne le 8 avril, àMiroménil

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\c 9). l'ourqiicux fut appelé au ministère des finances; les sceaux furent donnes au président de Lamoignon.

Il n'était pas possible que Fourqneux tînt longtemps en place; mais on l'avait indiqué au roi en attendant qu'on eut achevé de détruire ses préventions contre un homme qu'on voulait lui donner pour ministre de confiance, et dont on attendait le salut de l'État.

La situation de l'esprit du roi, en ce moment, est exprimée an naturel dans les détails que je vais transcrire.

« Lorsque le roi me chargea de sa lettre pour jM. de Fourqueux (dit le comte de Montmorin dans les notes qu'il m'a remises), je crus devoir lui représenter que je trouvais le fardeau des fniances trop au-dessus des forces de ce bon magistrat. Le roi parut sentir que mes inquiétudes étaient fondées. — Mais qui donc prendre? me dit -il. — Je lui répondis qu'il m'était impossible de ne pas être étonné de cette question, tandis qu'il existait un homme qui réunissait sur lui les vœux de tout le public; que, dans tous les temps, il était nécessaire de ne pas contrarier l'opinion publique en choisissant un administrateur des finances ; mais que , dans les circonstances critiques où il se trouvait, il ne suffisait pas de ne pas la contrarier, et qu'il était indispensable de la suivre. J'ajoutai que, tant que M. Necker existerait, il était impossible qu'il eût

un autre ministre des finances, parce que le public verrait toujours avec humeur et avec ciiagrin cette place occupée par un autre que lui. Le roi convint des talents de M. Necker; mais il m'objecta les défauts de son caractère; et je reconnus facilement les impressions qu'avait tlonnées contre lui M. de Maurepas dans forif^ine, et que MM. de Vergennes, de Caloune, de Miroméuil et de Bretcuil avaient gravées plus profondément. Je ne connaissais pas personnellement M. Necker; je n'avais que des doutes à opposer à ce que le roi me disait de son caractère, de sa hauteur et de son esprit de domination. Il y a apparence que, si je l'eusse connu alors, j'eusse décidé son rappel. J'aurais peut-être dû insister davantage, même en ne le connaissant pas; mais j'arrivais à peine dans le ministère, il n'y avait pas six semaines que j'y étais entré; et d'ailleurs un peu de timidité, pas assez d'énergie, m'empêcha d'être aussi pressant que j'aurais pu l'être. Que de maux j'aurais évités à la France ! que de chagrins j'aurais épargnés au roi! (Qu'aurait-il dit s'il avait prévu que, pour avoir manqué ce moment de changer le cours de nos funestes destinées, il serait massacré luimême [)ar un peuple rendu féroce, et que, trois mois a[)rès sa mort, le roi périrait sur un échafaud ? ; il fitlhil , j)oursiiil -il , aller remettre à M. de F()ur(jueux la lettre qui lui était adressée, et même vauicrc i.a résistance ; j'en avais l'ordre

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