‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 77 sur 162 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

discussion de leurs privilèges, il est peu vraisemblable qu'ils eussent mieux aimé les^ livrer aux débats d'une assemblée populaire, que d'en traiter avec un ministre raisonnable et conciliant. Brienne , au lieu de faire sentir au parlement combien sa demande était hasardeuse, ne songea qu'à lui échapper, et fit proposer aux provinces de s'abonner pour les vingtièmes. Plusieurs y consentirent ; d'autres, encouragées par la résistance des parlements , ne voulurent entendre à aucune composition.

Le combat s'engageait : les forces de réserve des parlements, les arrêts de défense allaient paraître et menaçaient de poursuivre comme exacteur et comme concussionnaire quiconque, dans l'imposition et la perception des vingtièmes, se conformerait aux édits; tout allait être en feu d'une extrémité du royaume à l'autre, lorsque, tout- à- coup, affectant une autre espèce d'assurance, le ministre fit rendre un arrêt du conseil, par lequel le roi déclarait que le bon état de ses finances lui permettait de n'exiger, dans les vingtièmes , aucune nouvelle extension. En même temps, il fit rédiger un édit de soixante millions d'emprunt, à dix pour cent de rente viagère, et il fut décidé que le roi en personne irait au parlement faire enregistrer cet édit.

Deux jours avant la séance royale, le garde des sceaux s'étant rendu à Paris , y reçut la visite d'un homme qu'un esprit turbulent et audacieux

avait lail remarquer à la tète de la jeune magistral iire, dont il s'était (iiit l'orateur. C'était Du val d'Epréménil, conseiller aux enquêtes. Il dit à Lamoignon, qu'un emprunt de soixante millions ne remédierait à rien; qu'il fallait en ouvrir un de cinq cent millions, distribué en cinq années, employer ce temps et ces fonds à rétablir Tordre dans les finances, et convoquer après les étalsgénéraux.

Brienne, en recevant la lettre où I.amoignon lui faisait part de cet avis, en tressaillit de joie; et ne doutant pas que le message ne lui vint des enquêtes, il répondit i< qu'il ne balançait point à profiter de cette ouverture. Par -là, je n'aurai plus d'ici à cinq ans, disait-il, aucun démêlé avec le parlement. » incontinent il ordonna de dresser un édit de quatre cent vingt millions d'emprunts, qui se succéderaient dans l'espace de cinq années, au bout desquelles il promettait la convocation des états- généraux. En attendant, il annonçait pour cinquante millions d'économie, tant en réduction de dépense qu'en bénéfice de recette; ce qui ferait face à rem|)runt. Mais comme si, dans la séance qu'il allait faire tenir au roi, il eiit voulu soulever les esprits au lieu de les calmer, il y lit prendre au roi et au garde des sceaux ie ton le plus sévère; il y fit rappeler au parlement ses anciennes maximes sur le pouvoir absolu des rois et sur leur pleine indépendance; il lui <)p[)()sa les paroles consignées dans ses ar-

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