Oeuvres complètes
Il est temps d'examiner et de recueillir ceux de mes ouvrages que je puis désirer de laisser après moi. C'est une précaution que tout homme de lettres , soigneux de sa mémoire , devrait prendre à un certain âge : car il en est un où l'on n'est pas encore assez bon juge de ses propres écrits; et il en est un où Ton est déjà, ou trop sévère par humeur, ou trop indulgent par faiblesse, ou trop irrésolu par excès de timidités C'est donc entre Tàge des illusions et celui des scrupules que j'ai tâché de saisir le moment d'une saine réflexion.
J'ai revu les essais de ma jeunesse avec le plus de sévérité ou le moins d'indulgence qu'a pii me le permettre l'amour d'im père pour*ses premiers enfants ; et de ceux que je n'ai pas eu le courage de rebuter, j'ai du moins pris soin d'effacer une partie de ces défauts qu'une trop vive impatience
tlo prodiiiiH- et iiiu" |)r(''(i|)it;ili()n commandée par
rinlorliMio v avaitMit laissés.
Tioiile ansdVHude cl (rol)servatlons m'auraient pont -èlre mis en état de les rendre meilleurs. ÎNIais i()rriç;er à fond, c'est rej)n)(luire ; et le déclin do la vie est si rapide, les moments en éiliapponl a\oo tant de ^îtosse, et ce présent fui;itif est si cher, (pTon n'a |»lus le loisir de s'occuper longuement du passé. D'ailleurs, à un grand intcrvidle, on n'est plus semblable à soi-même; et en voulant corriger le jeune homme, le vieillard peut avoir ses torts. Il y a dans les écrits, ainsi que dans les mœurs, des qualités qui distinguent les âges ; et les bonnes et les mauvaises ont quelquefois entre elles tant d'affinité et de cohérence, que, sans porter atteinte aux unes, il est presque impossible d'en détacher les autres. En retouchant ces premiers écrits, j'ai donc tenu ma main aussi légère qu'elle peut l'être encore : ils en seront peut-être moins châtiés, mais plus naturels.
Mes contes et ceux de mes ouvrages où , comme dans mes contes , j'ai tâché de rendre sensibles des vérités intéressantes , sont tels qu'il a été en moi de les produire dans la maturité de l'âge ; et je n'y ai presque rien changé.
DELAUTEUR. VII
Ma poétique était le fruit de mes études particulières : je les communiquais aux jeunes gens, dans l'intention de leur épargner le long travail que j'avais fait pour moi. Mais ce recueil d'observations , d'abord rédigé à la hâte , ne m'a paru à l'examen , ni assez complet , ni assez réfléchi : en le fondant presque en entier dans les articles littéraires que j'ai semés dans l'Encyclopédie , j'ai eu lieu bien souvent, tantôt d'en éclaircir, d'en développer les principes , tantôt de les rectifier ; et quand j'ai fait , en dernier lieu , le même travail sur la rhétorique , j'y ai apporté le même soin. C'est donc le résultat de trente ans de méditations sur l'art d'écrire , que je donne aujourd'hui sous le titre ^Élémens de Littérature.
La traduction de la Pharsale de Lucain fut ma réponse à une espèce de défi que me donnèrent les gens de lettres. Dans un temps où presque personne n'avait lu ce poème que dans la version ampoulée de Brébeuf , j'osai soutenir que Lucain avait été im homme de génie. On connaissait déjà mon admiration pour Corneille; et comme Corneille, avec toute son éloquence et sa sublime simplicité, est quelquefois déclamateur , et que Lucain l'est beaucoup plus encore, on m'accusa de n'aimer que l'enflure et la déclamation. Corneille se
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(iétoiulait lui-iiK-iiK' , iiiiiis Liuiiiii dait inconnu : pour iMv juslidcr-, il iallul le lia<lun'o. Je l'ai traduit avec tout i'inicrri ([n'inspire la mémoire d'un (onnc |to(lo de vini>l-sept ans , à qui Ton vint couper les veines avant qu'il eût achevé son esquisse ; et si j'en crois ceux des gens de lettres en qui j'ai le plus de confiance, ma traduction, quoiqu'en prose , a fait concevoir de Lucain une opinion qu'on n'en avait pas.
A. l'égard des pièces fugitives que je recueille, les unes ont passé sous les yeux d'un maître qui m'aimait assez pour me traiter sévèrement; d'autres ont été faites pour nos assemblées académiques ; et le public a bien voulu les écouter avec indulgence. Puissent^elles, à la lecture, obtenir la même faveur!
Je surveillerai assiduement l'exécution typo-» graphiqi'.e de cette édition de mes œuvres. Elle sera distribuée en quatre ou cinq parties, et en autant de livraisons, qui se succéderont à trèspeu d'intervalle. Si j'ai dans la suite quelques volumes à y ajouter, j'exigerai qu'ils soient im-, primés du même caractère et dans le même format que Içs volumes précédents.