‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 46 sur 46 · i ^ ^' j^ A' ' ^ ^ï O R A. Ij X · texte numérisé non relu

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elle la délesle ; vous lui avez rendu insuppoiial)K ,s le travail et la pauvreté; elle a perdu sa joie avec son innocence; el il ne lui est plus permis de lever les yeux sans rougir. Mais ce qui me désespère, ce que je ne vous pardonnerai jamais , vous m'avez fermé le cœur de ma fille ; vous avez éteint dans son ame les sentiments de la nature; vous lui avez fait un supplice de la société de son père; peut-être, hélas! je n'ose

achever — peut-être lui suis -je odieux.

Ah! mon père, s'écria Laurette , qui jusqu'alors était restée dans l'abattement et la confusion, ah! mon père, c'est trop me punir. Je mérite tout, excepté le reproche d'avoir cessé de vous aimer. En disant ces mots , elle était à ses pieds , dont elle baisait la poussière. Luzy s'y prosterna lui-même; et dans un excès d'attendrissement : Mon père , dit-il, pardonnez -lui, pardonnez -moi, embrassez vos enfants ; et si le ravisseur de Laurette n'est pas trop indigne du nom de son époux , je vous conjure de me l'accorder.

Ce retour aurait attendri un cœur plus dur que celui de Bazile. S'il y avait, dit -il à Luzy, un autre moyen de me rendre l'honneur et de vous rendre à tous deux l'innocence , je refuserais celuilà; mais il est le seul : je l'accepte, et bien plus pour vous que pour moi; car je ne veux, je n'attends rien de vous , et je mourrai en cultivant ma vigne.

L'amour de Luzv et de Laurette fut consacré

au pied des autels. Bien des gens dirent qu'il avait fait ime bassesse, et il en con\'int; mais ce n'est pas, dit -il, celle qu'on m'attribue: c'est à faire le mal qu'est la honte, et non pas à le réparer.

Il n'y eut pas moyen d'engager Bazile à quitter son humble demeure. i\.près avoir tout mis en usage pour l'attirer à Paris , madame de Luzy obtint de son époux qu'il achetât une terre auprès de Coulange ; et le bon père consentit enfin à y aller passer ses vieux ans.

Deux cœurs faits pour la vertu furent ravis de l'avoir retrouvée. Cette image des plaisirs célestes , l'accord de l'amour et de l'innocence ne leur laissa plus rien à désirer que de voir les fruits d'une union si douce. Le Ciel exauça le vœu de la nature ; et Bazile , avant de mourir, embrassa ses petits-enfants.

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