‹ Œuvres complètesChapitre 13 sur 196 · DE MARMONTEL. XXXIII · texte numérisé non relu

DE MARMONTEL. XXXIII

On ne me répond point, mais peut-être on m'entend , a bien pu croire, comme il le dit lui-même,

Que la mort ne rompt pas tous les nœuds de la vie.

Mais la première phrase de ses Mémoires en est une suffisante apologie. C'est pou?- mes enfants ^ dit-il , que f écris Vhistoire de ma vie. Leur mère Va voulu. Si quelque autre j jette les jeux ^ quil me pardomie des détails minutieux pour lui, mais que je crois intéressants pour eux. Et qui peut blâmer, en effet, un pcre d'écrire pour ses enfants son histoire, celle de ses liaisons, de ses travaux, des obstacles qu'il a rencontrés, des succès qu'il a obtenus? Tous ces détails doivent leur être précieux; et, si l'on demande pourquoi les rendre publics, j'ose dire que, parmi ceux qui blâment cette publication, il n'en est point qui, possesseurs du manuscrit, eussent voulu le brûler ou le garder inédit, et que ce n'était pas à la veuve et aux enfants de Marmonlel à juger ses ouvrages avec plus de sévérité.

On s'est plaint, et peut-être avec quelque raison, de la manière dont Marmontel a parlé de quelques personnages connus ou célèbres, qu'il a, dit- on, mal jugés, soit en les rabaissant audessous , soit en les élevant ati-dessus de ce qu'ils valaient. Quant aux torts du premier genre, je

Mémoires. I. Q

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suis tout prêt à rccounaître ceux dont il peut s'être rendu coupable; car si j'aime Platon, j'aime encore plus la vérité. Je verrai donc avec plaisir les amis de ceux envers qui il a été injuste, et qui les ont mieux connus que lui, redresser des jugements dictés par quelques préventions dont personne n'est tout-à-fait exempt. Je dirai seulement que Marmontel, en se trompant ainsi, a toujours été de bonne foi , et , mérite peu commun au temps où nous vivons, qu'il a jugé et blâmé, non suivant l'esprit de telle et telle coterie et les opinions de tel ou tel temps, mais suivant sa propre conviction et son sentiment, ce qui n'excuse pas l'erreur, mais ce qui affaiblit, aux yeux de l'homme juste et bon, les torts de celui qui se trompe.

J'ajouterai que, s'il a jugé quelques hommes en place avec des préventions trop favorables , j'aime encore mieux cette erreur qui compense, pour ainsi dire, l'autre, que le dénigrement universel de ces frondeurs infatigables, détracteurs nés de tout homme public, parce qu'ils ne croient ni à la vérité ni à la vertu.

Mais ces torts de Marmontel une fois écartés ou pardonnes, quel agrément et quelle instruction ne trouve-t-on pas dans ses Mémoires! Quelle variété, quelle vie dans cette galerie de portraits

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