LIVRE V
dant. Tout n'en était pas précieux; mais, si daus les pièces de vers, ou les morceaux de prose qui m'étaient envoyés , il n'y avait que des négligences, des incorrections, des fautes de détail, j'avais soin de les retoucher. Si même quelquefois il me venait au bout de la plume quelques bons vers, ou quelques lignes intéressantes, je les y glissais sans mot dire ; et jamais les auteurs ne se sont plaints à moi de ces petites infidélités.
Dans la partie des sciences et des arts , j'avais encore bien des ressources. En médecine, dans ce temps -là, s'agitait le problème de l'inoculation. La comète prédite par Ralley, et annoncée par Clairaut, fixait les yeux de l'astronomie; la physique me donnait à publier des observations curieuses : par exemple , on me sut bon gré d'avoir mis au jour les moyens de refroidir en été les liqueurs. La chimie me communiquait un nouveau remède à la morsure des vipères, et l'inestimable secret de rappeler les noyés à la vie. La chirurgie me faisait part de ses heureuses hardiesses et de ses succès merveilleux. L'histoire naturelle , sous le pinceau de Buffon , me présentait une foule de tableaux dont j'avais le choix. Vaucanson me donnait à décrire aux yeux du public ses machines ingénieuses : l'architecte Leroi et le graveur Cochin, après avoir parcouru en artistes , l'un les ruines de la Grèce , et l'autre les merveilles de l'Italie, venaient m'enrichir à
I ciiM (le Ijrillantes (l('MJ'ij)tir)iis , t>ii <l'<)l),sfiY;itioris savantes, et mes extraits de leurs vovages étaient pour mes lecteurs un voAa*(p amusant Clochin, honmie d'esprit, et dont la plume nY'tail guère moins pure et correcte que le huiin, faisait aussi pour moi d'excellents écrits sur les art.> qui étaient l'objet de ses études. Je m'en rappelle deux que les peintres et les sculpteurs n'ont sans doute pas oubliés; l'un, sur la lumière dans lOrnhrc; l'autre, sur les difficultés de la peinture et de la sculpture, comparées Vuue avec Vautre. Ce fut sous sa dictée que je rendis compte au public de l'exposition des tableaux en ly^^O, l'une des plus belles que l'on eiit vues, et qu'on ait vues depuis dans le salon des arts. Cet examen était le modèle d'une critique saine et douce; les (!('fauts s'y faisaient sentir et remarquer; les beautés y étaient exaltées. Le public ne fut point trompé, et les artistes furent contents.
Dans ce même temps -là s'ouvrit pour l'éloquence une nouvelle carrière. C'était à louer de grands bommes que l'Académie française invitait les jeunes orateurs; et quelle fut ma joie d'avoir à publier que le premier qui, dans cette lice, et par un digne éloge de Maurice de Saxe, venait de remporter le prix, était l'intéressant jeune liomme dont tant de fois j'avais ranimé le courage, l'auteur du poëme de Jumonville, à qui la sincérité de mes conseils plaisait an moins autant que l'équité de mes louanges, et <pii , dans le