‹ Œuvres complètesChapitre 146 sur 196 · LIVRE V r. 3Gô · texte numérisé non relu

LIVRE V r. 3Gô

sur -tout l'adresse de ranimef en Tagarant, Ennuyé d'être spectateur oisif, je me lanrais quelquefois dans l'arène à mes périls et risques , et j'y recevais des leçons de modestie un peu sévères. Quelquefois aussi s'engageait dans la querelle un certain Monticourt, railleur adroit et fui, et ce qu'on appelait alors un persifleur de la première force ; mais la vanité littéraire qu'il attaquait en se jouant, ne nous donnait sur lui aucune prise : en s'avouant lui-même dénué de talents, il se rendait invulnérable à la critique. Je le compalais à un chat, qui, couché sur le dos et les pattes en l'air, ne nous présentait que les griffes. Le reste des convives riait de nos attaques , et ce plaisir leur était permis; mais, lorsque la gaîté , cessant d'être railleuse , quittait l'arme de la critique , chacun s'y livrait à l'envi. Bernard lui seul f car il était aussi de ces dîners ) se tenait toujours en réserve.

C'est une chose singulière que le contraste du caractère de Bernard avec sa réputation. Le genre de ses poésies avait bien pu dans sa jeunesse lui mériter le surnom de Gentil ^ mais il n'était rien moins que gentil quand je l'ai connu. Il n'avait plus avec les femmes qu'une galanterie usée; et, quand il avait dit à l'une qu'elle était fraîche comme Hébé , ou qu'elle avait le teint de Flore; à l'autre qu'elle avait le sourire des grâces, ou la taille des nymphes, il leur avait tout dit. Je l'ai vu à Choisy, à la fête des roses, qu'il

y cc'léljrait tous le^ ans dans une espèce de petit temple qu'il avait décoré de toiles d'oj)éra, et qui, ce jour-là, était orné de tant de guirlandes de roses que nous en étions entêtés. Cette fête était un souper où les femmes se croyaient toutes les divinités tlu printemps. Bernard en était le grand prêtre. Assurément c'était pour lui le moment de l'inspiration, pour peu qu'il en fût susceptible : Eh bien! là même , jamais une saillie, ni d'enjouement, ni de galanterie un peu vive, ne lui échappait; il y était froidement poli. Avec les gens de lettres, dans leur gaîté même la j^lus brillante, il n'était que poli encore ; et dans nos entretiens sérieux et philosophiques, rien de plus stérile que lui. Il n'avait, en littérature, (junne légère superficie; il ne savait que son Ovide. Ainsi, réduit presque au silence sur tout ce qui sortait de la sphère de ses idées, il n'avait jamais un avis, et sur aucun objet de quelque conséquence, jamais personne n'a pu dire ce que Bernard avait pensé. Il vivait , comme on dit , sur la réputation de ses poésies galantes, qu'il avait la prudence de ne pas publier. Nous en avions prévu le sort, lorsqu'elles seraient imprimées : nous savions qu'elles étaient froides, vice impardonnable, sur- tout dans un poëme de l'art d'aimer ; mais telle était la bienveillance que sa réserve, sa modestie, sa politesse, nous inspiraient, (|u';ui(ini (le n<^MS,(hi vivant de Bernard , lie dl\idgua ce fatal secret. J'en reviens au dni<M

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