‹ Œuvres complètesChapitre 147 sur 196 · LIVRE VI. M · texte numérisé non relu

LIVRE VI. M

où Collé déployait un caractère si différent de celui de Bernard.

Jamais la verve de la gaîté ne fut d'une chaleur si continue et si féconde. Je ne saïuais plus dire de quoi nous rions tant; mais je sais bien qu'à tous propos il nous faisait tous rire aux larmes. Tout devenait comique ou plaisant dans sa tète, sitôt qu'elle était exaltée. Il est vrai qu'il manquait assez souvent à la décence; mais, à ce diner, on n'était pas excessivement sévère sur ce point.

Un incident assez singulier rompit cette joyeuse société. Pelletier devint amoureux d'une aventurière , qui lui fit accroire qu'elle était fille de Louis XY. Tous les dimanches elle allait à Versailles, voir, disait-elle, Mesdames, ses sœurs; et toujours elle en revenait avec quelque petit présent; c'était une bague, un étui, une montre, une boite avec le portrait d'une de ces dames. Pelletier , qui avait de l'esprit , mais une tête faible et légère, crut tout cela, et en grand mystère il épousa cette bohémienne. Dès -lors vous pensez bien que sa maison ne nous convint plus; et lui, bientôt après, ayant reconnu son erreur, et la honteuse sottise qu'il avait faite, en devint fou, et alla mourir à Charenton.

Une liberté plus décente et plus aimable, une gaîté moins folle et assez vive encore, régnait dans les soupers de madame Filleul, où la jeune comtesse de Séran brillait dans tout féciat de s:i

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beauté naissante et de son naïf enjouement. A ces soupers, personne ne songeait à avoir de l'esprit; c'était le moindre des soucis et de I hôtesse et des convives; et cependant il y en avait iuliniment et du plus naturel et du plus délicat. Mais, avant que de m'occuper des a^éments de cette société, il en est une dont Tattrait va bientôt me coûter assez cher pour ne pas échapper à mon souvenir. Écoutez, mes enfants, par quel enchaînement de circonstances fortuitement rassemblées , fut amené l'un des événements les plus notables de ma vie.

Dans la société de madame Filleul, je revoyais Cury; il était malheureux;, et je l'en aimais davantage. J'ai déjà dit que dans le temps de sa prospérité il m'avait témoigné beaucoup de bienveillance. Tout récemment encore il m'avait invité à passer avec lui et ses amis intimes , quelques beaux jours à Chenevière, sa maison de campagne, voisine d'Andresis, où il avait un canton de chasse. C'était là qu'à la vue d'une chaumière pittoresque, j'avais imaginé le conte de la bergère des Alpes. Heureux moment de calme et de sérénité, que devait bientôt suivre un violent orage ! Là , tout le monde était chasseur, excepté moi; mais je suivais la chasse, et, dans une ile de la Seine où elle se passait , assis au pied d'un saule , le crayon à la main , rêvant ((ue j'étais sur les Alpes, je méditais mon conte , et je gardais le dîner des chasseurs. A leur retour , l'air vif cl pur de la

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