LIVRE PREMIER
Vx'est pour mes enfonts que j'écris l'histoire de ma vie ; leur mère Ta voulu. Si quelque autre y jette les yeux, qu'il me pardonne les détails minutieux pour lui, mais que je crois intéressants pour eux. Mes enfants ont besoin de recueillir les leçons que le temps, l'occasion, l'exemple, les situations diverses par où j'ai passé, m'ont données. Je veux qu'ils apprennent de moi à ne jamais désespérer d'eux-mêmes , mais à s'en défier toujours; à craindre les écueils de la bonne fortune, et à passer avec courage les détroits de l'adversité.
J'ai eu sur eux favantage de naître dans un lieu où l'inégalité de conditions et de fortune ne se faisait presque pas sentir. Un peu de bien,
IMémoires. I. I
(|ir(l(|ii(.' mdiisirio, ou im pclil coiiiiiicrcc , foriiiiiiciil IV'Iat (le |)rc'.s(nie tous les li;il>itanls de liorl, |)rlile\ille de l.iniosui, où |';ù reçu le jour. La luédioerité y tenait lieu de riehesse ; eliaeun \ était libre et utilcnieut occupé. Ainsi la lierlé, la fraucliise, la noblesse du naturel ny étaient altérées pai" aucune sorte d'hiuniliation , et nulle part le sot ort;ueil n'était plus mal reçu ni plutôt corrinfé. Je puis donc dire que, durant rnon enfance, quoicpie né dans robscurité, je n'ai connu (jue mes égaux; de là pent-ètre un peu de roideur que j'ai eue dans le caractère , et que la raison même et Vdi^e n'ont jamais assez amollie.
liort, situé sur la Dortlogne, entre l'Auvergne et le Limosin, est effrayant au premier aspect pour le voyageur, qui de loin, tlu haut de la montagne, le voit au fond d'un précipice, menacé tlClre submergé ])ar les torrents tpie lorment les orages, ou écrasé par une chaîne de rochers volcaniques, les uns |)laiilés comme des tours sur la hautein^ qui domine la ville, et les autres déjà pendants et à demi-déracinés; mais lîort devient un séjour rianl, lorsque l'œil rassuré se promène dans le \allou. \u- dessus de la ville, une île vci'doNanle «pie la rivière embrasse, et qu'aniuîent le mouveuieni et le bruit d'un moulin, est un bocage peuple d'oiseaux. Sur les deux bords de la ii\ière, des vergers, des prairies et des champs cultivés j)ar un peuple laborieux forment des tableaux variés. Au-dessous de la ville le vallon