LIVRE 1. -j.n
je m'enfiiis. Il s'élança pour m'atlrapper; mais il iTianqua sa proie, et j'en fus quitte pour un pan (riiabit déchiré.
Je me réfugiai dans ma classe, où le ré£;ent n'était pas encore. Mon habit déchiré , mon trouble, la frayeur, ou plutôt l'indignation dont j'étais rempli , me tinrent lieu d'exorde poium'attirer l'attention. « Mes amis , m'écriai-je , sauvez-moi , sauvez-vous des mains d'un furieux qui nous poursuit. C'est mon honneur et c'est le vôtre que je vous recommande et que je vous donne à garder : peu s'en est fallu que cet homme injuste et violent, ce P. Bis, ne vous ait fait en moi le plus indigne outrage, en flétrissant du fouet un rhétoricien ; il n'a pas même daigné me dire de quoi il voulait me punir; mais aux cris des enfants qu'il faisait écorcher, j'ai entendu qu'il s'agissait d'avoir détraqué une horloge , accusation absurde et dont il sent la fausseté ; mais il aime à punir, il aime à s'abreuver de larmes ; et l'innocent et le coupable , tout lui est égal , pourvu qu'il exerce sa tyrannie. Mon crime , à moi, mon crime ineffaçable, et qu'il ne peut me pardonner, est de n'avoir jamais voulu vous trahir pour lui plaire , et d'avoir mieux aimé endurer ses rigueurs que d'y exposer mes amis. Vous avez vu avec quelle obstination il s'est efforcé , depuis trois ans , à faire de moi l'espion et le délateur de ma classe. Vous seriez effrayés de l'énormité du travail dont il m'a accablé ,
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pour ai'iMclicr i\c moi des notes (jui lui donnassent tons les jours le phiisir de vous molester. Ma conslanee a Aanicii la sieinie, sa liaiiie a j)aru s';»ssou[»ii- ; jnais il épiait le niomenl de se venger sur moi , de se veui^^cr sur vous de la fidélité que je vous ai gardée. Oui, mes amis, si j'avais été assez erainlil ou assez faible pour lui laisser porter les mains sur moi, c'en était fait , la rhétoricpie était déshonorée, et déshonorée à jamais. C'est là ce qu'il s'était promis. Il voulait qu'il fut dit (pie, sous sa prélecture et sous sa verge humiliante, la rhétorique avait fléchi. Grâce au Ciel, nous voilà sauvés. Il va venir sans doute pour vous demander de me livrer à lui , et d'avance je suis bien sur du ton dont vous lui répondrez; mais quand j'aurais pour camarades des hommes assez lâches pour ne pas me défendre, seul, je lui vendrais cher mon honneur et ma \ie, et je mourrais libre plutôt ([uc de vivre déshonoré. Mais, loin de moi cette pensée! je vous vois tous aussi déterminés que moi à ne pas rester sous le joug: aussi-bien, dans un mois d'ici , la rhétorique allait Unir , nous allions entrer en vacaïux's, et un mois retranché du cours de nos études n'est pas di^ne de nos regrets : (pie ce soit donc aujourd'hui la fin , la cl(jture de notre classe. D('s ce moment nous sommes libres, et l'homme altier, l'homme cruel, l'homme féroce est confondu. )>
JMa harangue avait excité de grands muuNC-