‹ Œuvres complètesChapitre 30 sur 196 · LIVRE I, Ji · texte numérisé non relu

LIVRE I, Ji

ments d'indignation ; mais la conclusion fit plus d'effet que tout le reste. Jamais péroraison n'entraîna les esprits avec tant de rapidité. « Oui , clôture ! vacance ! me répondit par acclamation , la plus grande pluralité , et jurons tous , avant de sortir de la classe , jurons sur cet autel ( car il y en avait un ) de n'y plus remettre les pieds, »

Après que le serment eut été prononcé, je repris la parole : « Mes amis, ce n'est point, leur « dis -je, en libertins ni en esclaves fugitifs que nous devons sortir de cette classe ; que le préfet ne dise pas que nous nous sommes échappés ; notre retraite doit se faire paisiblement et décemment ; et , pour la rendre plus honorable , je propose de la marquer par un acte religieux. Cette classe est une chapelle, rendons-y grâce à Dieu par un Te Dewn solennel, d'avoir acquis et conservé, durant le cours de nos études, la bienveillance du collège et l'estime de nos régents. »

Au même instant, je les vis tous se ranger autour de l'autel; et, au milieu d'un profond silence, l'un de nos camarades, Valarché, dont la voix le disputait à celle des taureaux du Cantal où il était né, entonna l'hymne de louanges; cinquante voix lui répondirent, et l'on imagine sans peine quel fut l'étonnement de tout le collège, au bruit imprévu et soudain de ce concert de voix. IN^otre régent accourut le premier, le préfet descendit, le principal lui même s'avança

eiravcinent jusqu'à la j>nrte He la clnsse. La prnlo était r(MTiu''o,ot ne s'ouvrit fju'apros que le To D.'iun lui cliaulc ; alors, raugés en demi -cercle, les petits à col»' (les grands, nous nous laissâmes ahoi'dcr. u i)\\v\ est donc ce tapage ? » nous demanda le violent préfet, et s'avançant au nulieu de nous. — « C'e que vous appelez un tapage n'est, lui dis-je, mon père, qu'une action de grâce que nous rendons au Ciel, d'avoir permis que, saTis tomber entre vos mains, nous avons achevé nos premières études. » Il nous menaça d'informer nos familles de cette coupable révolte; et, en me regardant d'un œil menaçant et terrible, il me prédit que je serais un chef de faction. Il me connaissait mal : aus.si sa prédiction ne s'estelle pas accomplie. Le principal, avec plus de douceur, voulut nous ramener; mais nous le suppliâmes de ne pas insister contre une résolution (|u'un serment avait consacrée, et notre bon régent nsta seul avec nous ; oui, bon, je lui dois cet éloge; et, quoicpie d'une trempe d'ame moins flexible et moins douce que celle du père Malosse, il lui elail compai'able au moins par la bontt'-. Selon ridi'-o (|uo l'on s'est faite du caractère politique de cette société si légèrement condamnée cl si durement abolie, jamais Jésuite ne le fut moins dans le cœur cpie le l\ Ikdme ^c'était h.' nom de ce régent). Un caractère ferme et franc elail le sien; rimpartialilé , la droiture, l uill<'\d)l<.' équilc ijiiil portail dans sa classe, et

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