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L'UN DES QUARANTE

r.ï SECRÉTA-IRE PKRrÉTUEI. DE i'aCADÉMIE FRANÇAISE,

Prononcé à une Séance publique de la seconde Classe de l'Institut , le Zi juillet i8o5 (la thermidor an XIII^ ,

Par m. l'Abbé MORELLET,

M r M R P, B DE l'académie FRANÇAISE.

XLn entrant dans le lieu qui nous rassemble encore aujourd'hui , la plupart de ceux qui m'écoutent, instruits du noble projet formé par le Gouvernement de réparer et d'achever le Louvre, et sachant que les travaux qu'on y prépare vont forcer l'Institut de s'en éloigner, au moins pour un temps, auront pensé, non sans un sentiment pénible, que c'est peut-être aujourd'hui la dernière fois que cette compagnie tiendra son assemblée publicjue dans cette antique demeure des rois, devenue depuis près de deux siècles le

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[)alaib (les sciences, des leltres et des !)eaii\arts.

Ces regrets sont bien légitimes. Dans ce sanctuaire décoré des statnes des hommes célèljres qui ont fondé l'empire et la gloire des letti-es françaises, nons sommes, pour ainsi dire, sous leurs veux, et nous avons pU, jusqu'à- présent , les prendre à témoin de notre zèle à imiter leur exemple et à pratiquer leurs leçons.

Ce n'est qu'avec peine, sans doute, que nous pouvons nous éloigner de ces monuments consacrés à la gloire de nos maîtres et de nos modèles ; mais nous emporterons avec nous les souvenirs intéressants qui y sont attachés. C'est dans leurs ouvrages que ces grands hommes vivent plus encore que dans le marbre et sur la toile qui conserve leurs traits. Au défaut de leurs images, leur gloire demeurera présente au milieu de nous. Nous continuerons d'étudier et de pratiquer les moyens qu'ils ont si heureusement employés pour étendre l'empire de la vérité et multiplier les jouissances de l'esprit; et, comme dans l'Elvsée de Yiririle , nous ceindrons de courennes brillantes les fronts de ceux qui , en suivant les traces de ces hommes célèbres et en cultivant les arts, charmes de la vie, ont mérité connue eux d'être niis au nombre des bienfaiteurs du aeure humain.

Ce fut une belle institution de l'ancienne Académie c[ue l'ol^lioation imposée à chaque récipiendaire , de mettre sous les yeux du public assemblé les travaux et les succès de son prédécesseur, pratique religieusement observée jusques à l'époque où la révolution a rendu l'arche muette, et fermé le temple après en avoir dispersé les ministres.

Ce temple s'est rouvert à l'époque de l'établissement de rinstitut ; mais, dans cette réorganisation , la classe qui comptait parmi ses travaux ceux dont s'occupait l'Académie française , avait cessé jusqu'à ces derniers lemps d'observer cette pieuse coutume.

Ce n'est que par une délibération récente que , jaloux de ramener tout ce que les anciens usages ont d'utile et de bon, nous nous sommes distribué les éloges des académiciens morts sans avoir eu de successeurs immédiats , et dont la tombe négligée attend encore qu'on y jette quelques fleurs.

Dans cet lionorable partage, une ancienne et constante liaison avec M. Marmontel , et ime alliance qui a rendu cette liaison plus étroite, revendiquaient pour moi le droit et me prescrivaient le devoir de payer à sa mémoire le tribut que s'imposait l'Académie ; d'autant plus que ce tra-

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Aail semble présenter de moindres difficultés à celui qui a passé sa vie avec l'homme qu'il s'agit de faire connaître, tandis que le respect dû à la vérité et à tles auditeurs dont un grand nombre l'a connu, me garantira du danger de flatter son portrait.

Jean -François Marmontel , l'un des quarante et secrétaire perpétuel de l'Académie française, historiographe de France, naquit à Bort, petite ville du Limousin, sur les confins de l'Vuvergne, en 17^3, de parents peu aisés et d'un état obscur.

Après avoir reçu les premiers éléments des lettres et de la langue latine d'un prêtre de son bourg, instruction presque générale avant la révolution et qui sera difficilement remplacée, il fut envoyé à Mauriac, petite ville de la Kaute- Auvergne , où était un collège tenu par les jésuites , et où il fit, depuis onze ans jusqu'à quinze, ses humanités et sa rhétorique. De-là, ayant passé au collège de Clermont, il v étudia la philosophie, en pourvoyant à sa subsistance par des répétitions que lui payaient des écoliers moins avancés (|ue Uii ; trouvant ainsi, dans un travail assidu , des ressources que sa famille ne pouvait lui fournir, sorte de couracje contre l'infortune qui se montre dans tout le reste de sa "vie, et qui fait un des principaux traits de son estimable caractère.

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