DE M A R M ON TEL. V
SoiUenu par ce courage, et sans doiUc aussi par ce sentiment caché qui avertit Tame de ses forces, il se transporte à Toulouse, où, se faisant répétiteur de philosophie , il entre en même temps dans la carrière littéraire, en composant ponr les jeux floraux. L'ode qu'il avait mise au concours n'ayant point eu le prix, il se plaint amèrement à Voltaire de ce qu'il appelle, en se moquant de lui - même dans ses JVIémoires , l'horrible injustice de V Académie de Toulouse. Une réponse obligeante animant le jeune provincial d'une ardeur nouvelle , il concourt bientôt avec plus de succès, remporte plusieurs prix, et, plein de confiance et d'espoir, il cède aux invitations de l'homme célèbre qui l'appelait sur un plus grand théâtre. Voltaire l'accueille avec bonté , ne dédaigne pas de lui servir de guide , et lui en donne un autre non moins éclairé que lui-même, en lui faisant connaître l'intéressanl Vauven argues.
Le disciple, guidé et encouragé par de tels maîtres, docile à leurs leçons, passionné de l'amour des lettres, donnait déjà de sûrs garants de ses futurs progrès. Bientôt, sous leurs auspices, il compose ses premiers ouvrages, remporte deux prix de poésie à l'Académie française, et, à peine âgé de vingt -quatre ans, met au
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un grand succès.
La plupart des liunniics de lettres qui se croient (pulcjue talent pour la poésie s'essaient dans le ^enre le plus difficile, les ouvrages dramatiques; send)lables en cela au jeune abbé dont parle madame de Sévignc, cpn , près d'entrer au séminaire poiu^ faire ses études, commençait à prêcher en attendant.
Mais pourquoi blâmerions-nous le jeune écrivain de se laisser aller à une impulsion naturelle , qui n'égare pas toujours celui qui s'y livre. Voltaire avait fait OEcîipe à dix-huit ans, et il n en a pas fourni avec moins de gloire la carrière dramatique. Peut-être, pour l'intérêt de Tart , est -il utile que les jeunes athlètes tentent dabord ce qu'il y a de plus diflicile pour s'assurer do toutes leurs forces. Quoi qu'il en soit, INîarmontcl ayant déjà mis au théâtre (juatre tragédies avant vin£;tluiit ans , malgré le succès de la première, recoiiiiul bientôt qu'en ce genre il restait au-dessous des grands modèles.
11 convient que, lorsqu'il a composé Cléopâtre , il n avait pas encore senti combien il est difficile de bien écrire , et que cette pièce eut besoin de toute V indulgence du public pour obtenir un demi-succès. Il dit de ses Néraclides , que c'est de