‹ Œuvres complètesChapitre 71 sur 196 · LIVRE III. l6l · texte numérisé non relu

LIVRE III. l6l

mieux, jusqu'à l'endroit du quatrième acte, dont on m'avait tant menacé; mais, à Tapproche de ce moment, je fus saisi d'un tremblement si fort, que, sans exagérer, les dents me claquaient dans la bouche. Si les grandes révolutions qui se passent dans l'ame et dans les sens étaient mortelles , je serais mort de celle qui se fit en moi , lorsqu'à flieureuse violence que fit aux spectateurs la sublime Clairon en prononçant ces vers :

Ya, ne crains rien, etc.

Toute la salle retentit d'applaudissements redoublés. Jamais d'une frayeur plus vive on n'a passé à une plus soudaine et plus sensible joie ; et , tout le reste du spectacle, ce dernier sentiment me remua le cœur et lame avec tant de violence, que ma respiration n'était que des sanglots.

Au moment de la catastrophe , lorsqu'au bruit des applaudissements et des acclamations du parterre qui me demandait à grands cris, on vint me dire qu'il fallait descendre et me montrer sur le théâtre , il me fut impossible de me traîner seul jusque-là ; mes genoux fléchissaient sous moi; il fallut que Ton me soutînt.

Mérope avait été la première pièce où l'on eût demandé l'auteur, et Dcnys était la seconde. Ce qui depuis est devenu si commun et si j)eu flatteur, était donc honorable encore, et aux trois premières repi'ésentations cet honneur me fut accordé; mais cette espèce d'enivrement avait

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pour cause des (•irn»ri>l;irKts <|ui riloN. 'lient excessivement le inérilc <le mon ouvrage, flrébillon était vieux, \Ollaire \ icillissait; aucun jeune homme, entre eux et moi , ne s'oiïiait j)our les remplacer. J'avais l'air de tomber des luies; ce coup d'essai d un j)ro%ineial, d'iui Limosin de ^ingtquatre ans, send^lait promettre des mer\ cilles, et l'on sait qu'en fait de plaisirs , le public se complaît d'abord à exagérer ses espérances; mais malheur à qui les déçoit. Ce hit ce que la réflexion ne tarda pas à me faire coimaître , et ce dont les critiques s'empressèrent de m'avertir.

J'eus cependant quelques jours d'un bonheur pur et calme, et cette jouissance me fut stu-tout })ien douce dans le souper que je fis chez madame TIarenc. M. de Presle m'y ramena après le spectacle. Sa bonne mère, qui m'attendait, me reçut dans ses bras, et, en ap[)rcnant mon succès , elle m'arrosa de ses larmes. Un accueil si touchant me rappela ma mère. Et à l'instaut im flot d'amertume se mêlant à ma joie : « Ah! madame ! lui dis-jc, en fondant en pleurs, que ne vit -elle encore cette mère si tendre que vous me rappelez ! Elle m'embrasserait aussi , et elle serait bien heureuse ! » Nos amis arrivèrent , croyant n'avoii- (ju'à me féliciter. « Venez , leur dit madame llarenc , consoler ce pauvre garçon. Le voilà qui pleure sa mère, qui aurait été, ditil , si heureuse dans ce moment. »

Ce retour de dt)uleur ne lut (jue passager, et

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