‹ Œuvres complètesChapitre 73 sur 196 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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et je lui en exposai le plan; mais je me plaignis de la dissipation involontaire à laquelle j'étais forcé. « Voulez -vous , me dit-elle, travailler en paix, à votre aise, et sans distraction? venez-vousen passer quelques mois en Champagne , <lans le village d'Avenay, où mon père a des vignes et une petite maison. Mon père est à Bruxelles , à la tète d'un magasin qu'il ne peut quitter; et c'est moi qui viens vaquer à ses affaires. Je pars demain pour Avenay; j'y serai seule , jusques après les vendanges. Dès que j'aurai tout arrangé pour vous y recevoir, venez m'y joindre. H y aura bien du malheur si, avec moi et d'excellent vin de Champagne, vous ne faites pas de beaux vers. » Quelle raison, quelle sagesse, quelle force, auraisje opposées au charme irrésistible d'une pareille invitation ? Je promis de partir au premier signal qu'elle me donnerait. Elle exigea de moi ma parole la plus sacrée de n'avoir aucun confident. Elle avait, disait -elle, les plus fortes raisons de cacher notre intelligence.

Depuis son départ jusqu'au mien pour Avenay, l'intervalle fut de deux mois; et, quoiqu'il fût rempli par une correspondance assidue et trèsanimée, tout ce qui dans l'absence peut le plus viveiment intéresser l'esprit et l'ame , ne me sauvait pas de l'ennui. Les lettres que je recevais, inspirées par une imagination vive et brillante, en exaltant la mienne par les plus doux prestiges, ne me faisaient que plus ardemment dési-

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