‹ Œuvres complètesChapitre 74 sur 196 · O M i: AT O I R F. s · texte numérisé non relu

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vcv (le revoir celle (|in, hhiiic en son absence, me causait ces ravissements. J'employai ce tempslà à dénouer le plus ^(rand nombre des liaisons que j'a\ais rormées, faisant entendre aux injs que mon nouveau travail me demandait la solitude, et prétextant avec les autres un voyage dans mon pavs. Sans m'explic{uer avec madame Tlarenc ni avec mademoiselle Clairon, je prévins leurs inquiétudes; mais, redoutant la curiosité et la pénétration de madame Denis, je gardai avec elle un silence absolu sur mon projet d'évasion. Ce fut un tort, je le confesse. Son amitié pour moi n'avait pas attendu des succès pour se déclarer. Incomiu dans le monde, j'étais reçu chez elle aussi cordialement que chez monsieur son oncle. Rien n'était négligé de tout ce qui pouvait me rendre sa maison agréable. Mes amis y étaient accueillis; ils étaient devenus les siens. Mon vieil ami, l'abbé Raynal, se souvient, comme moi, des soupers agréables que nous faisions chez elle. L'abbé Mignot son frère, le bon Cideville, mes deux abbés gascons de la rue des Mathurins, y portaient une gaieté franche; et moi, jeune et jovial encore, je puis dire rpi'à ces soupers j'étais le héros de la table ; j'y avais la verve de la folie. La dame et ses convives n'étaient guère plus sa^es, ni moins joyeux que moi; et, quand Voltaire pouvait s'échapper des liens de sa marquise du Chàtelet, et de ses soupers du grand monde, il était trop heureux de venir rire aux éclats

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avec nous. Ah! pourquoi ce bonheur facile, égal, paisible, inaltérable ne suffisait-il pas à mes désirs? Que fallait-il de plus à mes délassements, à la fin d'un long jour de travail et d'étude, et que voulais-je aller chercher dans ce dangereux Avenay?

Elle arriva enfin cette lettre tant désirée, si impatiemment attendue, qui devait marquer mon départ. Je logeais seul alors dans le voisinage du Louvre. Délivré du souci de la dépense de ma table, je m'étais séparé de mes compagnons de ménage, n'ayant à mon service qu'une vieille femme à six francs par mois, et qu'un barbier au même prix. Ce fut à mon barbier que je confiai le soin de me trouver un courrier de la poste aux lettres, qui, dans sa carriole, voulût me porter jusqu'à Reims avec ma petite valise. Il s'en offrit un à point nommé, et je partis. De Reims à Avenay, j'allai à franc étrier; et, quoiqu'on dise que l'amour a des ailes, en vérité il n'en eut pas pour moi; j'étais brisé en arrivant.

Ici, mes enfants, je jette un voile sur mes déplorables folies. Quoique ce temps soit éloigné, et que je fusse bien jeune encore, ce n'est pas dans un état d'enivrement et de délire que je veux paraître à vos yeux.

Mais ce que vous devez savoir, c'est que les perfides douceurs dont j'étais abreuvé furent mêlées des plus affreuses amertumes; que la plus séduisante des femmes était en même temps la

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plus capricieuse; que, paruii ses enrliantements, sa coquetterie inventait à ciiaque iiisl.inl (|ii(lfjiie moyen nouveau d'exercer sur moi son empire; qu'à tout moment sa ^olonté clianijeait, et qu'à tout moment il fallait que la mienne lui fût soumise; qu'elle semblait se faire un jeu d'avoir en moi, tour-à-toiir, presque en mrme temps, l'amanl le plus heureux, et le plus mallieureux esclave. Nous étions seuls , et elle avait Tart de troubler notre solitude par des incidents imprévus. La mobilité de ses nerfs , la vivacité singulière des esprits qui les animaient, lui causaient des vapeurs, qui seules auraient fait mon tourment. Lorsqu'elle était le plus brillante d'enjouement et de santé, ses accès lui prenaient par des éclats de rire involontaires; au rire succédaient une tension dans tous ses membres, un tremblement et des mouvements convulsifs qui se terminaient par des larmes. Ces accidents étaient plus douloureux pour moi que pour elle-même; mais ils me la rendaient plus clierc et plus intéress.ante encore; heureux si ses caprices n'avaient pas occupé l'intervalle de ses vapeurs! tète à tète au milieu des vignes de Champagne, quels moyens d'affliger et de tourmenter un jeune homme? C'était là son étude, c'était là son génie. Tous les jours elle imaginait quelque nouvelle épreuve à faire sur mon ame. C était comme un roman qu'elle composait en action, et dont elle amenait les scènes.

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Les religieuses du village lui refusaient- elles Feutrée de leur jardiu, c'était pour elle une privation odieuse et insoutenable; toute autre promenade lui était insipide. Il fallait , avec elle , escalader les murs du jardin défendu. Le garde venait avec son fusil nous prier d'en sortir; elle n'en tenait compte. Il me couchait en joue; elle observait ma contenance. J'allais à lui, et fièrement je lui glissais un écu dans la main, mais sans qu'elle s'en aperçût ; car elle eût pris cela pour lui trait de faiblesse. Enfin elle prenait son parti d'elle-même, et nous nous retirions sans bruit, mais en bon ordre et à pas lents.

Une autre fois elle venait avec l'air de l'inquiétude, tenant en main la lettre, ou véritable, ou supposée, d'un amant malheureux, jaloux et furieux de mon bonheur, qui menaçait de venir se venger sur moi de ses mépris. En me communiquant cette lettre, elle regardait si je la lirais de sang -froid, car elle n'estimait rien tant que le courage, et, si j'avais paru troublé , j'aurais été perdu dans son esprit.

Dès que j'étais sorti d'une épreuve, elle en inventait d'autres, et ne me laissait pas le temps de respirer; mais, des situations par où elle me fit passer, la plus critique fut celle-ci. Son père, ayant appris qu'un jeune homme était avec elle, lui en avait fait quelque reproche. Elle m'exagéra la colère où il en était. A l'entendre, elle était perdue; son père allait venir nous chasser de.

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