‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 119 sur 255 · LA COMTESSE, ANGÉLIQUE, NÉRINE · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, ANGÉLIQUE, NÉRINE

LA COMTESSE

On dit partout , ma sœur , qu'un peu moins prévenue , Vous épousez Dorante.

ANGÉLIQUE

Oui , j'y suis résolue.

LA COMTESSE

Mon cœur en est ravi. Valère est un vrai fou , Qui joûroit votre bien jusques au dernier sou.

ANGÉLIQUE

D'accord.

J'aime à vous voir vaincre votre tendresse. Cet amour, entre nous, étoit une foiblesse. | Il faut se dégager de ces attachements j Que la raison condamne et qui flattent nos sens. |

ANGÉLIQUE

Il est vrai.

LA COMTESSE

Rien n'est plus à craindre dans la vie , Qu'un époux qui du jeu ressent la tyrannie. J'aimerois mieux qu'il fût gueux, avaricieux, Coquet , fâcheux , mal fait , brutal , capricieux , Ivrogne, sans esprit, débauché, sot, colère, Que d'être un emporté joueur comme est Valère.

ANGÉLIQUE

Je sais que ce défaut est le plus grand de tous.

LA COMTESSE

Vous ne voulez donc plus en faire votre époux ?

ANGÉLIQUE

Moi ? non : dans ce dessein nos humeurs sont conformes.

Il a , ma foi , reçu son congé dans les formes.

LA COMTESSE

c'est bien fait. Puisqu'enfin vous renoncez à lui , Je vais l'épouser , moi.

L'épouser?

LA COMTESSE

Aujourd'hui.

ANGÉLIQUE

Ce joueur, qu'à l'instant....

LA COMTESSE

Je saurai le réduire.

On sait sur les maris ce que l'on a d'empire.

ANGÉLIQUE

Quoi ! vous voulez, ma sœur , avec cet air si doux,

Page 1