‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 120 sur 255 · ACTE II, SCENE II. 2^3 Ce maintien réservé, prendre un nouvel époux · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II. 2^3 Ce maintien réservé, prendre un nouvel époux

LA COMTESSE

Et pourquoi non , ma sœur ? Fais-je donc un grand crime De rallumer les feux d'un amour légitime? J'avois fait vœu de fuir tout autre engagement. Pour garder du défunt le souvenir charmant, Je portois son portrait ; et cette vive image Me soulageoit un peu des chagrins du veuvage : Mais qu'est-ce qu'un portrait , quand on aime bien fort ? C'est un époux vivant qui console d'un mort !

NÉR INE.

Madame n'aime pas les maris en peinture.

LA COMTESSE

Cela racquitte-t-il d'une perte aussi dure ?

NÉRINE

C'est irriter le mal au lieu de l'adoucir.

Connoisseuse en maris, vous deviez mieux choisir. Vous unir à Valère !

LA COMTESSE

Oui, ma sœur, à lui-même.

ANGÉL IQUE.

Mais vous n'y pensez pas. Croyez-vous qu'il vous aime ?

LA COMTESSE

s'il m'aime, lui 1 s'il m'aime ! Ah ! quel aveuglement! On a certains attraits, un certain enjoûment, \ Que personne ne peut me disputer, je pense.

ANGÉLIQUE

Après un si long temps de pleine jouissance,

iik LE JOUEUR.

Vos attraits sont à vous sans contestation. /

LA COMTESSE

Et je puis en user à ma discrétion.

ANGÉLIQUE

Sans doute; et je vois bien qu'il n'est pas impossible Que Valère pour vous ait eu le cœur sensible. L'or est d'un grand secours pour acheter un cœur ; Ce métal, en amour, est un grand séducteur.

LA COMTESSE

En vain vous m'insultez avec un tel langage ; La modération fut toujours mon partage : Mais ce n'est point par l'or que brillent mes attraits ; Et jamais, en aimant, je ne fis de faux frais. Mes sentiments , ma sœur , sont différents des vôtres ; Si je connois l'amour, ce n'est que dans les autres. J'ai beau m'armer de fier, je vois de toutes parts Mille cœurs amoureux suivre mes étendards : Un conseiller de robe , un seigneur de finance , Dorante, le Marquis, briguent mon alliance; Mais si d'un nouveau nœud je veux bien me lier, Je prétends à Valère offrir un cœur entier. Je fais profession d'une vertu sévère.

ANGÉLIQUE

Qui peut vous assurer de l'amour de Valère ?

LA COMTESSE

Qui peut m'en assurer ? mon mérite , je crois.

ANGÉLIQUE

D'autres sur lui, ma sœur , auroient les mêmes droits.

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